samedi 27 juin 2020

Se libérer de la crainte d’être jugé.e par les autres



6ième article d'une série sur le développement de la compréhension de nos enfants.paru dans le blog "Ateliers Gordon" (Article publié initialement dans l'Ecolomag #77 dont le thème principal est l'immunité.)





Carl Rogers, créateur du courant de la Psychologie Humaniste, s’est posé la question suivante : quelles sont les caractéristiques des relations qui sont une aide et qui facilitent la croissance ?

Il a énuméré 10 caractéristiques dont nous avons débuté l’exploration. Or voici que l’une d’entre elle, la 9ième, nous parle précisément d’Immunité ! Retrouvez les autres caractéristiques en bas de la page. Il nous demande :

« Puis-je me libérer de la crainte d’être jugé par les autres ? »

Ne serait-ce pas merveilleux : s’immuniser de la crainte d’être jugé par des autres ?!
Et nous sentons bien là les nombreux effets miroirs. Si j’arrive à m’immuniser alors peut-être pourrais-je offrir à mes enfants un environnement dans lequel ils seront aussi libérés de cette crainte !!

Carl Rogers nous fait part de ses observations :

« Presque dans toutes les phases de notre vie (à la maison, à l’école, au travail), nous dépendons des récompenses et des punitions qui sont les jugements d’autrui : « c’est bien », « c’est méchant », « cela vaut dix », « cela vaut zéro ». De tels jugements font partie de notre vie depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse. Comme tout le monde je me surprends trop souvent à porter de tels jugements. Mais, d’après mon expérience, ils ne favorisent pas le développement de la personnalité et par conséquent je ne crois pas qu’ils fassent partie d’une relation d’aide.

C’est assez curieux, mais un jugement positif est aussi menaçant en fin de compte qu’un jugement péjoratif, puisque dire à quelqu’un qu’il agit bien suppose que vous avez aussi le droit de lui dire qu’il agit mal. Aussi j’en suis venu à penser que plus je peux maintenir une relation sans jugement, plus cela permettra à l’autre personne d’atteindre le point où elle reconnaîtra que le lieu du jugement, le centre de la responsabilité réside en elle-même.

Le sens et la valeur de son expérience dépendent uniquement d’elle et aucun jugement extérieur ne peut rien changer à cela. Aussi j’aimerais m’efforcer d’arriver à une relation où je ne juge pas autrui en mon for intérieur. Je crois que c’est là ce qui peut le libérer, faire de lui une personne qui prend ses propres responsabilités. »

Libérer nos relations des jugements – voilà un chemin magnifique qui boostera le libre arbitre, la motivation intrinsèque et la responsabilité de nos enfants. Et ce n’est pas facile !!
Alors comme premier petit pas je vous propose le suivant : commençons déjà à ne plus porter de jugement sur nous-même !!


RECETTE pour BOOSTER votre Immunité et celle des personnes qui vous entourent :

1 - Soyez attentifs aux jugements – positifs ou négatifs – qui émergent en vous quand vous portez un regard sur vous-même.

2 – Petit à petit – quand vous les remarquez – transformez les. Par exemple – si je m’entends me dire
 « Tu as été nulle sur ce projet » - je le transforme en une affirmation qui ne comprend plus de jugement, mais des faits: « ce projet a pris plus de temps que je n’imaginais ».

3 – Quand vous avez suffisamment transformé les jugements que vous vous portez, appliquer aussi aux jugements que vous portez sur les autres..


TESTEZ – et GOUTEZ le fait de voir les jugements disparaître petit à petit de vote vie. Et ainsi – renforcez votre immunité au jugement des autres que vous reconnaîtrez dorénavant comme le miroir des jugements qu’ils se portent à eux même...

CHALLENGE de Juillet

Nous vous proposons un super challenge sur 1 mois :
Etre attentif.ve aux jugements que je pose sur moi-même et les transmuter en faits !

Par exemple : « Je suis colérique - c’est nul » >> ABracadabra >> « J’ai crié ce soir quand Mathieu a renversé son verre d’eau par terre... »

Et venez partager avec nous vos jugements et leur transmutation sur notre groupe Facebook Les Ateliers Gordon.


A très vite,
Nathalie Reinhardt
Fondatrice de l’Association Les Ateliers Gordon
Voici les 10 questions que Carl Rogers nous pose :


1 – Puis-je arriver à être perçu par autrui comme digne de confiance, comme fiable et cohérent au sens le plus profond ?


2 – Puis-je m’exprimer de façon à communiquer sans ambiguïté l’image de la personne que je suis ?


3 – Puis-je éprouver des attitudes positives envers l’autre : chaleur, attention, affection, intérêt, respect ?


4 – Puis-je en tant que personne être assez fort pour être distinct de l’autre ?


5 – Suis-je assez sûr de moi pour permettre à l’autre d’être distinct ?


6 – Puis-je me permettre d’entrer complètement dans l’univers des sentiments d’autrui et de ses conceptions personnelles et les voir sous le même angle que lui ?


7 – Puis-je accepter toutes les facettes que me présente cette personne ?


8 – Puis-je agir avec assez de sensibilité dans cette relation pour que mon comportement ne soit pas perçu comme une menace ?


9 – Puis-je me libérer de la crainte d’être jugé par les autres ?


10 – Puis-je voir l’autre comme une personne en devenir ou vais-je être bloqué par son passé et par le mien ?


#EcouteActive #CarlRogers #ComprendreNosEnfants #LesAteliersGordon #ParentsEfficaces #EducationBienveillante

samedi 6 juin 2020

ÉMOTIONS, DE LA DIFFICULTÉ DE LES ÉCOUTER



By Catherine Dumonteil Kremer

Illustration de Lise Desportes

DIRE BIENVENUE AUX CRISES


« Ça y est, il va faire une crise… Tout le monde va se demander pourquoi je n'interviens pas, pourquoi je suis si laxiste avec lui… Et puis ça me rend dingue qu'il se mette dans des états pareils, il ne pourrait pas me demander calmement les choses ? »

Vous vous reconnaissez dans ce parent démuni face à la énième crise de rage de la semaine ou de la journée ? Cela peut être épuisant, décourageant. Que faire devant ces manifestations d'insatisfaction réitérées ?

De plus, elles peuvent se produire absolument partout : au parc, au supermarché, à la maison pendant un repas de famille…

Tout est possible pour un petit enfant qui n'est pas inhibé par la convention et ses usages et dont le cerveau n'est pas encore suffisamment mature pour différer l'expression de sa colère.


LES ÉMOTIONS, C'EST BON POUR LA SANTÉ !


Revenons tout d'abord sur un préjugé tenace : les émotions sont mauvaises, elles donnent une image très négative de celui qui les exprime, elles sont un signe évident de faiblesse et d'absence totale de maîtrise de soi.

Eh bien non, les émotions sont des alliées précieuses. Janov, entre autres, l'a démontré par son travail de thérapeute : il est bon de les évacuer, elles sont nos ressources naturelles pour guérir les souffrances.

Nos tensions s'évanouissent lorsque nous laissons vivre nos émotions. Et les enfants ne font pas exception à cette règle. L'émotion est une sorte de garde-fou dans un monde parfois hostile aux besoins des tout-petits, qui vivent quelquefois des journées en collectivité à un rythme trépident.

Les tensions s'accumulent alors… Et, en début de soirée, c'est le feu d'artifice émotionnel : ils se roulent par terre, crachent, hurlent, jettent des objets dans toutes les directions, donnent des coups de pied partout et nous ne comprenons pas ce qui nous vaut ce déluge. Mais ils sont simplement en train d'essayer de trouver des solutions en eux.

Et une fois les émotions sorties, ils sont à nouveau les petits êtres aimants, intelligents et coopératifs que nous connaissons.


JE N'ARRIVE PAS À ÉCOUTER MON ENFANT EN CRISE, QUE FAIRE ? 


Oui, mais que faire face à une émotion ? Toutes les émotions ne se ressemblent pas. Et, selon notre histoire personnelle, nous aurons plus ou moins de mal à les accepter.

En gros si nos parents nous frappaient ou nous punissaient lorsque nous nous mettions à pleurer, nous allons avoir énormément de mal avec les larmes.

Si la crise de rage était interdite, dévalorisée, si nous étions isolés systématiquement lorsque nous étions en colère, nous aurons beaucoup de difficultés à faire face à la fureur de nos enfants.

Qu'en est-il pour vous ? Comment vos parents réagissaient-ils ?

C'est une des premières questions intéressantes à se poser pour comprendre nos difficultés à écouter les émotions de nos enfants.

En voici une autre : depuis quand ne vous êtes-vous pas laissé aller complètement à pleurer, à sangloter même ? Comment pourriez-vous retrouver le chemin de vos propres émotions ?

C'est quand j'ai fait ma première crise de rage dans un groupe d'écoute des émotions, que j'ai compris de l'intérieur ce que vivaient mes enfants lorsqu'ils étaient dans cet état-là.

C'est en pleurant abondamment moi-même et en en expérimentant les effets bénéfiques que j'ai compris le processus de guérison à l'œuvre en moi et cela a totalement changé ma vision du monde.

L'effet le plus direct de ce travail, c'est que je me sentais à l'aise face aux pleurs, peurs et crise de rage de mes enfants. Je n'avais plus cette colère, ce découragement, cet agacement qui me dérangeait lorsque j'essayais de les écouter.

PRENEZ EN MAIN VOS ÉMOTIONS ! 

C'est le moment ou jamais, vos enfants vont vous y aider très indirectement, et cela peut vraiment faire évoluer votre façon d'être.

Vous pourriez donc consulter un thérapeute ouvert aux émotions, ou bien travailler au sein d'un groupe d'écoute, et/ou essayer les quelques astuces suivantes :

Hurler dans un coussin


C'est un truc qui a toujours bien fonctionné pour moi.
Le coussin amortit les sons et les pleurs ne sont pas loin derrière la rage.
Faites cela à l'abri des regards, cela pourrait effrayer vos enfants.

Pleurer devant un bon mélodrame


C'est un excellent truc, la prochaine fois que vous aurez envie de pleurer chez vous devant un DVD, sautez à pied joints sur l'occasion, allez-y ! Sanglotez et expérimentez ce que cela peut être de verser des larmes sans se sentir mal à l'aise.

De plus, vous résoudrez quelque chose en vous, même si vous ignorez quoi. Ce film vous fait pleurer parce qu'il fait écho à votre histoire, c'est très complexe de savoir à quoi vous réagissez, mais, ce qui est important, c'est que vous commencez à guérir.

Appelez une amie ou un ami


Choisissez un complice qui sait ce que vous souhaitez faire, qui vous écoutera pleurer ou vous mettre en colère sans vous juger et qui saura accueillir toutes vos émotions.

Ce sont des petits trucs d'urgentiste ! Il y a un travail de fond à faire, c'est certain, mais chacun sent quel est le bon moment pour l'accomplir et, en attendant, vous serez plus détendu et confiant lorsque vous écouterez les émotions de vos enfants.


ET AVEC VOS BAMBINS ? 


Vous les aiderez beaucoup en accueillant leurs décharges émotionnelles. Essayez de ne pas interrompre les larmes, mais soyez là, présent par un contact physique, un regard aimant.

Cela suffit parfois pour se sentir bienvenu dans ce que l'on traverse. Pour ce qui est de la crise de rage, c'est un peu la même chose, restez présent et veillez à ce que vos enfants ne se fassent pas mal.

Lorsqu'ils se roulent par terre, en cognant leur tête et leurs poings contre le sol, votre rôle consiste à mettre des coussins pour les protéger des chocs. Restez là, essayez d'être attentif à ce que vous ressentez afin de pouvoir travailler ultérieurement et, peu à peu, vous vous sentirez de mieux en mieux.

Et n'oubliez pas : il y a une manifestation d'émotion très efficace que nous aimons tous beaucoup vivre : le rire ! Il élimine les tensions en nous de façon radicale et, pour celle-ci, il n'y a qu'une option : se faire plaisir dans l'humour, la drôlerie, le chahut !


Catherine Dumonteil Kremer

mardi 2 juin 2020

1 JOUR 1 ACTIVITÉ : MÉTÉO DES ÉMOTIONS - ou comment mettre des mots sur ses émotions



Pendant cette période exceptionnelle, la bibliothèque vous propose des activités amusantes, surprenantes et intelligentes à réaliser entre enfants et adultes. Des expériences en cuisine, des objets à fabriquer, des contenus à lire, écouter ou regarder...

Aujourd'hui : La météo des émotions
À partir de 3 ans




Grâce à cette météo des émotions, on peut trouver les mots pour exprimer tout ce qui nous traverse, de la peur à la joie, de l'excitation à la colère !

IL VOUS FAUT

2 feuilles de papier (ou deux petites assiettes en carton)
une paire de ciseaux
une attache parisienne
des crayons, des feutres

COMMENT FAIRE ?


Découper dans chaque feuille (ou chaque assiette en carton) un cercle, de la taille d'une petite assiette
Grâce à une règle, diviser chaque cercle en 6 parts égales
Sur un seul des deux cercles, découper une des parts et l'enlever
Sur l'autre cercle, écrire dans chacune des parts une des émotions suivantes et y dessiner la météo qui va avec (ex : je suis heureux : un soleil ; je suis en colère : un nuage avec un éclair etc.) : Je suis de bonne humeur ; Je suis triste ; Je suis heureux(se) ; Je suis en colère ; J'ai peur ; Je suis excité(e)
Placer le rond avec une part découpée au-dessus du rond avec les émotions dessinées. Attention de bien garder ces deux éléments l'un sur l'autre. A l'aide de la paire de ciseaux, faire une petite entaille au centre.
Faire passer l'attache-parisienne dans le trou

QUE SE PASSE-T-IL ?

Les émotions apparaissent au fur et à mesure que l'on tourne la roue du dessus.

Et toi, comment tu te sens aujourd'hui ?

Apprendre à mettre des mots sur ses émotions permet de mieux les canaliser, de les accepter et d'en parler.

EN SAVOIR PLUS

Quelques liens pour aller plus loin

Livres numériques accessibles gratuitement


L'atelier des émotions, 35 activités créatives pour aider mon enfant à exprimer ce qu'il ressent
Mathilde Chevalier-Pruvo.- Eyrolles, 2019

Joie, colère, peur, tristesse, impatience, amour... : les émotions sont au coeur des journées de nos enfants. Ils les vivent avec une intensité qui les déborde, laissant l'adulte souvent démuni.
Dans ce guide, Mathilde Chevalier-Pruvo aborde, à travers une méthode innovante, les neuf émotions les plus présentes dans la vie des enfants. Elle s'appuie sur la créativité pour les aider à exprimer leurs émotions et à les apprivoiser, afin d'en faire des alliées. Grâce à 35 activités, fondées sur les pédagogies actives (Montessori, Steiner-Waldorf, Reggio Emilia), le jeune lecteur découvrira sa vie intérieure et renforcera son estime de soi. Au fil des chapitres, il fabriquera ainsi un croqueur de colère, un cahier anticauchemars, un jardin zen, un miroir des talents..., qu'il réutilisera au quotidien, en toute autonomie pour retrouver sérénité et joie. Chaque émotion sera également illustrée d'un conte : en s'identifiant aux personnages, l'enfant pourra mettre en mots ses émotions afin de trouver ses propres solutions pour se sentir apaisé et confiant.
(Pour accéder au livre dans son intégralité, se connecter sur l'Espace personnel)

lundi 1 juin 2020

L'accompagnement émotionnel de l'enfant


Un article du site Colibris

Nous portons une responsabilité face à nos enfants : les aider à acquérir suffisamment de confiance en eux, de sécurité intérieure et d’autonomie. Dans ce monde en mutation, les enfants ont plus que jamais à construire une identité forte. Nous le savons aujourd’hui, angoisse, dépression, comportements violents, dépendance relationnelle, addictions diverses sont des conséquences de manques, de blessures relationnelles, d’échecs de communication.

Accueillir et encourager les émotions de son enfant, l’écouter, lui donner la permission de libérer ses tensions, c’est lui permettre de se constituer une personnalité solide, une sécurité intérieure stable afin qu’il aille, serein et assuré, sur son propre chemin et, plus tard, sorte grandi des difficultés de la vie. Et comme les parents ne sont pas les seuls éducateurs, demandons qu’au programme des écoles figure un cours de « compétences sociales » car elles ne sont pas plus innées que les mathématiques ou la géographie. Il est urgent de prendre en compte le développement des intelligences émotionnelle (ce qui se passe à l’intérieur de nous) et relationnelle (ce qui se passe entre les personnes) dans l’éducation de nos enfants, adultes de demain.

Accompagner les émotions de l’enfant


Lorsqu’un enfant éprouve une émotion, la question est : « Comment puis-je l’aider à avoir conscience de ce qui se passe en lui ? ».
  • Mettez des mots sur son ressenti : « Je vois que tu es en colère !». Ou aidez-le à mettre des mots dessus. Laissez-lui de l’espace pour s’exprimer. Nous avons tendance à consoler. Ecoutez-le plutôt avant de le consoler : « Je vois que tu as mal ! ». S’il s’est fait très mal, encouragez-le même à pleurer : « Pleure mon amour, pleure fort, serre-moi et pleure, ça fait mal ! ».
  • En lieu et place de l’habituel « Pourquoi ? », tentez : « Qu’est-ce qui se passe ? » ou : « Qu’est-ce que tu ressens ? », des questions qui accompagnent le vécu intérieur.

Encourager l’expression des émotions


Nos émotions sont utiles. Ce sont elles qui nous donnent notre conscience d’Être.
Les pleurnicheries pour un oui ou pour un non d’un plus grand peuvent être des tentatives de trouver un moyen de pleurer vraiment. Des affects sont bloqués, il a besoin d’une occasion de les libérer. L’enfant cherche une permission, un prétexte pour laisser sortir larmes ou colère. Même l’enfant plus grand qui a accès à la verbalisation, même l’adulte, ont besoin de pleurer, de crier, de trembler, pour se libérer d’émotions fortes.
Toutefois, il y a des pleurs qui guérissent et d’autres qui entretiennent le problème. Les pleurs inutiles partent du haut de la poitrine, et peuvent être sans larmes. Sentiments de substitution, ils servent la répression émotionnelle et non la libération. Les pleurs de libération sont accompagnés de sanglots et de larmes.
  • Serrez l’enfant contre vous avec fermeté et tendresse jusqu’à la libération de l’émotion contenue. Il va souvent commencer par se débattre, puis se mettra à sangloter. Permettez à l’émotion d’aller jusqu'à sa résolution. Quand la respiration de l’enfant est redevenue calme, place à la parole.

L’écoute empathique


L’écoute empathique consiste à refléter ce que vous entendez dans ce que vient de dire l’enfant, en retenant les aspects signifiants, c’est à dire l’émotion, le sentiment ou le désir. Il ne s’agit pas tant d’écouter les mots que d’entendre ce qui les sous-tend.
  • Centrez-vous sur le mouvement intérieur de l’enfant plutôt que sur les faits. Accompagnez votre enfant et non les événements extérieurs.S’il dit : « Je n’ai pas envie de dormir ! », répondez : « Tu n’as pas envie du tout ! » plutôt que : « Il faut bien que tu dormes pour être en forme demain ».Vous pouvez continuer par quelque chose comme : « Tu as le droit de ne pas avoir envie, c’est vrai. Tu préférerais continuer à jouer, je peux comprendre ça », tout en continuant à le coucher.

Une émotion, c’est quoi ?


Une émotion est une réponse physiologique à une stimulation, à une modification de l’environnement. Tandis qu’un sentiment est déclenché par les pensées, et est donc « psychologique ». Les émotions sont à exprimer, les sentiments à décoder pour permettre à l’émotion sous-jacente de s’exprimer.
L’émotion a une double fonction biologique : réguler l’état interne de l’organisme et produire la réaction adaptée à la situation. Une émotion est donc un processus biologiquement déterminé qui dépend de dispositifs cérébraux mis en place au terme d’une longue histoire évolutionnaire. Une émotion dure quelques minutes au plus et se déploie en trois temps : charge, tension, décharge.

  • Prenons pour exemple la peur :
Charge : libération d’adrénaline, accélération cardiaque, afflux de sucre et d’oxygène là où le besoin s’en fait sentir.
Tension : l’organisme mobilise le maximum d’énergie pour faire face à la situation.
Décharge : c’est le retour au calme ! Une fois le danger écarté, le corps a besoin de revenir à son équilibre de base. Le système nerveux parasympathique entre en jeu, les tensions se relâchent, créant pleurs et tremblements.

Les émotions sont donc là pour éviter la perte de l’intégrité. Elles veillent à notre conservation et orientent notre croissance.

Les émotions, à quoi ça sert ?


Joie, colère, amour, tristesse, dégoût… Les émotions sont au cœur du sentiment de soi. 

Elles sont l’expression de la vie en soi. C’est pourquoi il est essentiel de les exprimer, au contraire des sentiments !

La peur aide à se préparer et à se protéger ; la tristesse accompagne les deuils ; la joie est expansion, elle nous dynamise, nous guide et favorise l’apprentissage ; la colère définit nos limites, nos droits, notre espace, notre intégrité, elle est réaction à la frustration ; l’amour nous relie à autrui.

Pleurer, crier, trembler sont des remèdes aux inévitables tensions de la vie. L’existence d’un petit enfant est pleine de frustrations, de questions, de peurs, de colères… Tous les bébés ont besoin de pleurer, aussi bien accompagnés soient-ils. L’émotion permet de se récupérer, de se reconstruire après une blessure.

Libérez les émotions !


Un événement blessant, un accident, une épreuve, une injustice ne deviennent traumatismes que si on ne laisse pas libre cours à l’expression des émotions qu’ils suscitent.
Réprimer ses émotions conduit en effet à des répétitions douloureuses, à la dépression, l’angoisse et peut engendrer des symptômes physiques. Il est donc urgent d’apprendre à identifier, à nommer, à comprendre, à exprimer, à utiliser positivement ses émotions sous peine d’en rester esclaves.
Et pour se libérer d’une émotion désagréable, à condition qu’elle soit authentique, rien de plus facile : il suffit de la laisser s’exprimer ! Mais si vous êtes en colère, inutile de frapper la personne qui a déclenché votre ire, préférez un coussin ! Attention, exprimer un sentiment parasite, c’est à dire une réaction émotionnelle disproportionnelle ou inadaptée à la situation, ne libère pas !
L’expression d’une émotion libère, l’expression d’un sentiment le renforce !

Respecter les émotions de l’enfant


Respecter les émotions de l’enfant, c’est lui permettre de sentir qui il est, de prendre conscience de lui-même ici et maintenant, de percevoir son « aujourd’hui » en relation avec « hier » et « demain ». C’est le placer en position de sujet, le considérer comme une personne qui a le droit de désirer et non comme un objet. C’est l’autoriser à se montrer différent de nous. C’est lui donner la possibilité de répondre à sa manière très particulière à la question : « Qui suis-je ? », à construire son sentiment d’identité et de personnalité propre. C’est aussi l’aider à se réaliser, à être conscient de ses ressources, de ses forces comme de ses manques, à se percevoir avançant sur un chemin, son chemin.

Interdire à un enfant d’exprimer son émotion, c’est le laisser en tension. Empêcher un réel retour au calme. Les émotions seront alors réprimées, non dépassées.

Laisser l’enfant exprimer ses émotions


Un adulte se sent « libéré » après avoir pleuré. Pourtant, il se précipitera sur son tout petit et lui dira : « Ne pleure pas, ne pleure pas ! ». Aucun parent n’aime voir souffrir son enfant. Malgré notre expérience personnelle, nous continuons d’imaginer que l’enfant qui pleure souffre. Alors qu’il est au contraire en train de se soulager de sa souffrance.

C’est vrai, il n’est pas toujours facile d’écouter les émotions des enfants. Elles nous remuent et menacent aussi notre sentiment d’être une « bonne mère » ou un « bon père ». Elles nous insécurisent : « Que dois-je faire ? ». Elles mettent en échec notre rôle de protecteur, nous confrontent à notre fonction de pourvoyeur. Osons le dire, nous aimerions parfois que nos enfants restent tranquilles, ne pleurent pas, ne crient pas, ne se roulent pas par terre. Nous préférerions qu’ils n’aient pas tant d’émotions ! Seulement voilà, les affects des enfants sont ce qu’ils ont de plus précieux. Là réside leur sentiment d’identité, la sensation de leur existence propre.

Accueillir les émotions de l’enfant


Le petit enfant est prisonnier de l’immédiateté de sa réponse émotionnelle, sans médiation de la pensée pour relativiser les choses ou hiérarchiser les enjeux. Il est facilement envahi par ses affects et a donc besoin de nous pour l’aider à trouver la sortie.

D’autre part, il cherche bien naturellement à donner sens à ce qu’il vit. Il le fait avec les moyens du bord. Il organise et interprète ses perceptions à sa manière, à la lumière des informations, souvent incomplètes, parfois déformées, dont il dispose. Ce qui peut donner lieu à des réactions émotionnelles incompréhensibles pour les parents.

  • Par exemple, Arnaud est agressif, il fait de grosses colères « pour des riens ». Inutile de permettre à Arnaud d’exprimer ses colères, ce sont des sentiments parasites. Ses parents se sont séparés. Dans sa tête, il s’est dit : « Papa est parti, c’est donc qu’il ne m’aime pas parce que je suis un méchant enfant ». Par ses colères, tout à la fois il exprime sa souffrance et justifie le départ de son papa. Derrière cette agressivité parasite, Arnaud réprime une autre colère et beaucoup de peurs et de tristesse. Ce sont ces émotions-là qu’il est utile d’aider Arnaud à exprimer.

  • Bénédicte, elle, est triste, elle ne participe pas en classe, elle ne joue pas avec les autres enfants. Elle a du mal à trouver sa place. Elle se sent de trop partout. Ses parents se disputent beaucoup. Elle s’est dit : « Papa et maman se fâchent à cause de moi. Si je n’avais pas été là, ils ne se disputeraient pas. C’est ma faute ». La tristesse de Bénédicte est donc parasite et cache sa colère et ses peurs. Bénédicte a besoin d’entendre : « Je te vois triste. C’est vrai que c’est triste d’avoir des parents qui se disputent et tu as surtout le droit d’être en colère contre nous, parce que ce n’est pas juste. Et puis peut-être parfois tu as peur… Parle-moi de combien tu as peur… ».
Quand l’enfant exprime une émotion appropriée, accueillez-la non verbalement, par le regard. Soyez présent dans votre respiration, dans votre attitude intérieure. Éventuellement, selon l’âge de l’enfant, prenez-le dans vos bras.
Quelques livres

- « Au Cœur des émotions de l’enfant » d’Isabelle Filliozat, éd. Marabout.
- « Il n’y a pas de parent parfait » d’Isabelle Filliozat, éd. JC Lattès.

dimanche 31 mai 2020

Un conseil de famille : pour quoi faire et comment ?


Un article des ateliers Gordon






Depuis 2011, nous avons mis en place un conseil en famille avec nos trois enfants, alors âgés de 7 ans 1/2, 6 ans, 3 ans 1/2. Nous avons tâtonné sur la façon dont nous souhaitions le mettre en oeuvre. Et il n'a cessé d'évoluer selon l'âge des enfants, selon les besoins de la famille.


Organiser un conseil de famille, pour quoi faire ? 

C'est un outil génial où les membres de la famille se réunissent pour faire participer les enfants à la vie de famille, comme prendre des décisions, expliquer des choix, tenir compte des suggestions,trouver ensemble des solutions aux difficultés (lors de situations problématiques ou de conflits...),renforcer les liens,favoriser l’autonomie des enfants...

Nous avons dès le départ posé un cadre de fonctionnement : 

  • J'écoute celui/celle qui parle jusqu'au bout, 
  • chacun-e parle à son tour (et peut choisir de ne pas s'exprimer), 
  • je ne me moque pas ;
  •  je cherche à comprendre ce qui se passe pour l'autre ; 
  • quand j'ai un problème, je parle en disant ''je'' ; 
  • je ne colporte pas ce qui est dit dans le conseil. 

Il y a un-e animateur-trice du conseil et une personne qui note les questionnements soulevés, les décisions prises.

Nous démarrons la plupart du temps notre conseil par un temps d'échanges de messages de révélation positifs et de messages-Je d'appréciation, que nous appelons les fleurs, avant d'aborder l'ordre du jour dont les points essentiels ont été généralement notés sur une feuille accrochée dans la cuisine. Ce sont des conflits à réaborder, des projets à propos desquels nous voudrions échanger... Parfois des conflits notés 4 jours avant n'ont plus la même importance en les relisant. Parfois, d'y repenser ça nous connecte à différentes émotions désagréables et c'est révélateur que le problème doit être réabordé.


Comment cela se passe-t-il plus concrètement ?


Nous revisitons la situation du point de vue de chacun, de son vécu (ce qui s'est passé, ce qu'il a ressenti, ses besoins). Chacun s'exprime à son tour. Et la personne cherche des solutions, nous pouvons faire des propositions. Quand il y a un conflit, le conseil permet qu'il y ait une médiation et recherche de solutions qui conviennent à chacun-e.

Nous confrontons parfois : "Je comprends que c'était difficile pour toi dans ce contexte." Nous gardons une marge de manœuvre au niveau du comportement même quand nous sommes furieux ou que nous avons très peur. "Que serait-il possible de faire d'autre ?", "Comment le vois-tu ?", "Comment chacun le voit ?" Nous convenons qu'une prochaine fois, nous nous entraînerons pour un autre comportement, noté sur le cahier du conseil pour faire trace. C'est responsabilisant et non culpabilisant.

Le conseil de famille laisse aussi la place pour présenter ses excuses à l'écrit ou à l'oral mais avec le cœur... Quand c'est un bon moment pour elle et pour l'autre, sans laisser passer le temps non plus.

Une réparation est possible : des valorisations écrites quand il y a eu une dévalorisation ou du temps passé pour l'autre personne comme lui apprendre quelque chose dont elle a besoin, créer une carte à son attention, cuisiner pour elle… Les valorisations peuvent être : "J'ai apprécié t'entendre jouer le morceau de musique hier soir" ; "j'aime jouer à des jeux avec toi" ; "j'apprécie le moment qu'on prend le soir pour se dire bonne nuit", "tu sais faire des gâteaux au chocolat" ; "tu sais t'occuper des animaux" ; "tu sais mettre une selle et un filet à un cheval", etc.

Ce n'est pas une démarche facile. Quand nous nous sentons en colère, nous pouvons être amené à penser que nous sommes dans notre bon droit. Ce qui est important et pédagogique c'est d'être attentif aux stratégies choisies. Même si la colère est adaptée, toutes les solutions envisagées ne le sont pas. Régulièrement, la colère est la partie visible mais en prenant le temps, il peut y avoir d'autres émotions comme la peur, la tristesse. C'est l'expression de ces émotions ''cachées'' qui va aider à retrouver de l'apaisement.

De nombreuses situations sont dénouées avec le temps de conseil en famille (un surnom donné qui ne plaît pas à l'autre, changer de chambre, une répartition de tâches du quotidien...). Cela permet un suivi des situations qui nous gênent, et c'est très rassurant : nous nous occupons du problème. Le conseil permet que des pistes soient explorées, cela ne veut pas dire trouver la meilleure solution, plutôt choisir une ou plusieurs solutions, les expérimenter, les réévaluer, les réajuster. C'est intéressant de demander en conseil : "qu'avons-nous appris de cette situation ?" Cela permet de prendre conscience des compétences affectives et sociales acquises lors de moments de tension, d'observer que le lien dans la famille se tisse également en dépassant ces moments-là, de façon constructive pour tous.


Quelle place pour les émotions dont la colère ?

Les émotions sont-elles écoutées, régulées, lors d'un conseil ou à chaud ou à un autre moment ? L'écoute active reste le moyen le plus efficace et le plus utilisé chez nous pour entendre le vécu de chacun, aller vers un apaisement et ouvrir un espace de communication y compris et surtout sur nos temps de conseil en famille.

  • Avec des enfants petits (moins de 5 ans), lors d'un fait perturbateur, nous avons utilisé le « STOP !» pour arrêter un comportement : par exemple, quand un enfant veut prendre des mains un jouet. Parfois, nous prenions l’enfant en colère dans nos bras pour éviter dans un premier temps que la situation ne se dégrade puis pour l'aider à exprimer son mécontentement, à s'apaiser, et enfin clarifier la situation. Nous étions attentifs à ce qu'il ne nous fasse pas mal en se débattant. S'il nous demandait de descendre des bras, nous restions proches et le posions. Il nous est arrivé de nous isoler avec l'enfant dans sa chambre ou dans la nôtre, nous posions l'enfant sur le lit et il pouvait se rouler de rage dessus, le temps que la tempête redescende. Parfois nous avons demandé à l'enfant de s'asseoir sur un coin de canapé proche de nous et attendre de se sentir moins fâché avant d'en discuter et d'en repartir. C'est lui qui nous disait quand il se sentait mieux. Nous avons évité d'isoler seuls de jeunes enfants car ils ont besoin d'aide pour tempérer leurs états émotionnels. 
  • Vers 5 ans, le conseil a permis de reparler de certaines situations et de réfléchir à quoi faire quand nous sommes en colère par exemple... Quoi faire pour nous sentir mieux, pour dire ce qui ne nous va pas sans me faire mal ni faire mal à l'autre. Quand un de nos enfants en particulier se sentait en colère et percevait qu'il allait dire ou faire quelque chose qui ne se faisait pas, il prenait de grandes feuilles à dessin, des pastels à disposition et gribouillait sa colère. Puis il froissait sa feuille en criant bien fort, en disant « Je suis très en colèèèrreeee ! » et jetait la feuille dans le poêle. C'était très efficace pour exprimer sa colère. Ensuite, nous pouvions en parler. Sur la petite enfance, nous avons aussi proposé un coussin dédié à la colère. Ils pouvaient le gribouiller avec des feutres prévus à cet effet, dire des gros mots, lui taper dessus. Ils adoraient. Ils se sentaient beaucoup mieux après et nous pouvions réaborder la situation.
  • Nous sommes convenu avec nos enfants plus grands, lors d'un conflit qui semble grandir (j'ai envie d'imposer ma solution, de crier plus fort que l'autre...), en l'absence d'un tiers médiateur possible disponible dans la maison, que chacun va dans sa chambre. Il est possible d'appeler quelqu'un au téléphone pour en parler ou simplement d'attendre le soir pour réaborder la situation ou encore d'attendre que chacun-e soit moins fâché-e (assez souvent réaborder une situation conflictuelle avec du recul et de l'humour suffit à désamorcer le conflit) ou de le noter pour le prochain conseil. Le conseil permet de réaborder dans un cadre sécurisant des situations sensibles, problématiques, qui se répètent.


Solliciter le conseil pour faire évoluer les règles de la maison ou proposer un projet

Par ailleurs, les enfants ont su solliciter le conseil pour faire évoluer les règles de la maison ou proposer un projet. Il peut être nécessaire que plusieurs conseils aient lieu avant qu'un changement ne soit convenu, un projet accepté. Chez nous, chaque enfant a eu de l'argent de poche tôt (50 centimes d'euro vers 5 ans et demi, dès lors qu'il savait compter jusqu'à cent en comprenant les quantités). Cet argent de poche n'était pas conditionné par un comportement, c'était un droit. L'enfant pouvait dépenser cet argent pour ce qu'il souhaitait pourvu que cela ne le mette pas en danger.

Un enfant a eu l'opportunité d'acheter un lapin pour 2 euros à un de ses amis qui en vendait sur le marché pour se faire de l'argent de poche avec l'aide de sa grand-mère. Ce projet ne nous plaisait pas au départ car les animaux impliquent des contraintes. Nous avons pris le temps d'y réfléchir et avons anticipé avec lui :

• Qui va s'en occuper ? Ce que signifie concrètement s'occuper d'un lapin...

• Dans quoi mettre le lapin ? (L'enfant a construit une cage en bois avec son grand-père et son oncle.)

• Nous étions d'accord pour acheter de la paille, du foin et du granulé.


Cela a soulevé un réel enthousiasme dans la fratrie et chaque enfant a pu avoir un lapin... Dès 3 ans pour notre plus jeune, offert par notre aîné... Il y a eu un nombre certain de conseils sur le soin aux lapins, une fois la période d'effervescence passée. Nous savions avant d'accepter que c'était difficile pour un enfant de s'occuper d'un animal sur la durée. Nous n'étions pas d'accord de revenir néanmoins sur ce point. Un enfant a créé un tableau hebdomadaire où chaque enfant s'occupait d'une seule chose à la fois pour l'ensemble des lapins. Il a été inventé pour résoudre un problème de lassitude. Et il a été modifié, amélioré avec les retours de chacun-e lors des conseils. Les enfants ont eu aussi 3 jokers par an pour qu'un adulte s'occupe des lapins à leur place. Le conseil a été l'occasion pendant plusieurs années de créer des ''jokers[1]'' . Chaque personne soumettait au conseil 10 jokers utilisables sur l'année : jouer 2 h ensemble, passer un moment seul-e avec papa, avec maman, avec mon frère, avec ma sœur, laisser deux mois un jeu de construction au salon, avoir un cadeau surprise, acheter un livre, ne pas préparer un repas dans la semaine... Ces jokers étaient en lien avec des besoins, permettaient d'identifier ceux en creux, de se donner une autorisation pour leur faire une place sans attirer l'attention, tomber malade...

Enfin, notre conseil en famille a permis de laisser le choix aux enfants de ne pas partir 6 mois au Québec, de ne pas partir 6 mois en voyage vélo. Ce fut un choix pensé ensemble. Nous avons accepté, leur père et moi, qu'au regard du lien aux amis, à la famille, aux animaux, et de leur joie au quotidien dans les activités qu'ils investissaient, ils puissent dire non à un voyage long.


En conclusion


Notre objectif de parent n'est pas de ''punir'', faire comprendre par la force - ce qui à notre avis est dommageable pour l'enfant, son développement, la relation et est particulièrement peu efficace à long terme - plutôt de stopper les comportements qui sortent du cadre fixé dans la maison, d'inventer de nouvelles façons de faire autres que les prises de pouvoir, par exemple quand nous ne sommes pas d'accord. Cela nous arrive de convenir que nous ne voyons pas les choses de la même façon. Parfois, nous informons que nous allons en reparler au conseil. Nous cherchons dans un premier temps à apaiser les tensions par l'écoute mutuelle, puis à réfléchir ensemble au problème et s'entendre sur un mode d'action. Nous savons qu'être acteurs à résoudre des situations permet aux enfants d'accroître leur confiance en leurs idées, en leurs compétences. Cela permet indéniablement un fort lien de confiance dans la famille, une belle autonomie chez nos jeunes. Et cela a été une forte motivation pour maintenir ces temps de conseil.

Stéphanie Puech, formatrice Gordon et sa famille.

http://epias-education.wixsite.com/parentingblog



Conseil de l'Europe, 1996 : « La participation des enfants à la vie familiale et sociale est essentielle pour garantir un développement harmonieux et les préparer à la vie dans une société libre.(...) Le fait d'écouter les enfants, de traiter les problèmes avec eux, d'accepter leur avis et aussi de leur expliquer pourquoi leurs idées ne sont pas toujours acceptées constitue un moyen important pour lancer une participation. Celle-ci devrait commencer tôt. »

[1]Librement inspiré du joker pour quitter ludiquement la passivité ou joker pour ma santé pour aider les enfants à gérer leur stress de M.J. Dursent Bini

samedi 30 mai 2020

Comment accueillir les émotions du jeune enfant

Un article paru sur le site : Les pros de la petite enfance


Les tout-petits expriment leurs émotions de façon brute, sans filtre. Les adultes qui les entourent, notamment les professionnels qui les accueillent jouent un rôle essentiel dans la réception et la compréhension de ces émotions : pour développer la confiance de l’enfant en lui-même et en les autres. Les explications de Miriam Rasse, directrice de l’Association Pikler Loczy en France*.

Apprendre à observer l’enfant

Emmi Pikler était pédiatre de famille et transmettait ses réflexions aux parents pour les aider à accompagner leur enfant : agir moins et observer plus. Elle a voulu mettre en évidence que le jeune enfant prenait dès l’enfance une part active dans son développement. Ses travaux se sont d’abord portés sur la motricité libre : la capacité de l’enfant à réaliser de lui-même ses acquisitions motrices, un potentiel inscrit dans ses gènes. Ses recherches se sont ensuite étendues à l’activité autonome : sa capacité à initier une activité constructive, « élaborative », à travers laquelle l’enfant construit ses savoirs et développe sa pensée.

L’objectif de l’Association qui porte aujourd’hui son nom est de former les professionnels à l’observation, ou comment être attentif à ce que le tout-petit exprime. En effet avant de savoir parler, l’enfant dispose d’un mode de communication pré-verbal qui passe par le corps, les gestes et les émotions. Le rôle de l’adulte est de chercher à comprendre ces manifestations et de lui donner du temps et de l’espace pour les exprimer.

Comprendre les émotions comme une forme de communication

Les émotions sont d’abord des réflexes de survie, de préservation. La peur, par exemple, est une alerte face à une menace, réelle ou imaginée. La colère, elle, est le résultat d’une frustration face à l’expression d’un besoin non prise en compte. Les émotions jouent donc un rôle très important en termes de communication puisqu’elles disent des choses de nos besoins. Chez le petit enfant, les pleurs ne représentent pas un caprice mais une revendication. Son émotion se manifeste comme une demande de reconnaissance pour protéger son intégrité.

Le bébé exprime ses émotions de façon brute parce qu’il ne sait pas quelle en est l’origine, il s’agit simplement du ressenti d’un état. Il est complètement habité par son émotion : plus que dire qu’il a peur, on pourrait dire qu’il est la peur. Ce n’est que peu à peu qu’il va reconnaître ce qui se passe en lui, grâce aux réponses de l’adulte. « Le bébé seul n’existe pas » disait Winnicott...

Etre un récepteur des émotions du jeune enfant

Le bébé a besoin d’un récepteur, quelqu’un qui va donner un sens à ses émotions. L’adulte lui met à disposition son appareil psychique pour l’aider à les comprendre. L’accompagnement est un travail de pensée pour relier les émotions à leurs causes, par exemple, quand on explique à un enfant pourquoi il a sursauté en voyant ou en touchant quelque chose.
Les émotions sont aussi une façon de maintenir la proximité avec un adulte sur lequel l’enfant sait qu’il peut compter : elles participent ainsi à construire les liens de l’attachement. Le bébé ressent une tension que l’adulte aide à apaiser, en l’aidant à organiser son monde interne. Le tout-petit apprendra alors à communiquer de façon différenciée. D’un ressenti émotionnel, il passe à une expression.

Montrer à l’enfant qu’on l’écoute

Les émotions du jeune enfant nous disent donc toujours quelque chose de lui et c’est à l’adulte de les décoder, en restant attentif, disponible, réceptif – le principe même de l’empathie. Pourquoi est-il aussi dispersé ? Souvent, c’est parce qu’il a un sentiment d’insécurité. Pourquoi tape-t-il ? C’est généralement un moyen de défense, de protection, quand l’enfant se sent attaqué. Cela révèle souvent un sentiment d’impuissance : il ne se sent pas reconnu dans ce qui le définit. Et l’impuissance est le contraire de la compétence qui correspond à la prise en compte d’une situation et l’ajustement de son attitude par rapport à elle. Par exemple, si l’enfant se crispe quand on lui passe un gant sur la peau, rêche ou trop froid, ou bien qu’il détourne la tête quand on lui tend la cuillère pour le faire manger parce qu’il n’a plus faim, en fait il se défend. L’adulte, parce qu’il a des compétences, peut prendre en compte cette réaction et modifier sa manière de faire, ainsi l’enfant se sentira écouté. La prise en compte des émotions par l’adulte participe donc à la construction de l’estime de soi chez l’enfant.

Adopter une réaction adaptée

Les émotions de l’enfant ne sont pas à banaliser. Par exemple, si l’enfant tombe, on évite de dire « ce n’est pas grave, ne pleure pas ». Au contraire, il faut le laisser s’exprimer. Il peut seulement recommencer à penser calmement quand son émotion est partagée.
Il est important de différencier émotions et comportements. Toutes les émotions doivent être acceptées. Si on les réprime, l’enfant se révolte et peut devenir « difficile », inquiet, agité. Il n’a plus confiance en l’adulte et se retrouve seul avec des émotions dont il ne sait que faire. Ce sont les comportements que l’on peut refuser. On ne dit pas qu’un enfant est méchant, mais que son geste n’est pas acceptable. Ainsi plutôt que dire à l’enfant « tu lui fais mal » - ce qui insinue qu’il aurait prêté une intention dans son geste -, on lui dira « ça fait mal ». Sa personne ne doit jamais être mise en cause.
L’adulte peut d’abord reconnaître l’émotion de l’enfant : avant de lui dire pourquoi il ne peut pas prendre le jouet d’un autre, il peut lui dire « tu as envie de ce jouet ». Au lieu de lui dire seulement qu’il sera servi à son tour comme les autres, il peut lui dire « je vois que tu es impatient de manger ». Il se sentira ainsi écouté et pas directement empêché dans son action. L’adulte peut aussi aider l’enfant à trouver d’autres solutions. Il ne peut pas prendre le jouet d’un camarade, mais il peut essayer de trouver un autre jouet semblable ou qui lui plaît. L’adulte a un rôle de médiateur, il fait un travail de différenciation entre l’enfant et les autres.

Se comporter en allié

Cet engagement émotionnel de l’adulte n’est pas simple car les émotions des tout-petits sont intenses voire envahissantes. Elles viennent aussi parfois rencontrer nos propres émotions ou expériences. On peut être agacé parce qu’on reconnait chez l’un des enfants un petit qui nous a embêté dans l’enfance, ou bien parce qu’on se sent coupable, pas à la hauteur. C’est souvent ce qui nous pousse à distraire l’enfant de ses émotions, à les ignorer : on cherche à s’en protéger. Mais l’enfant a besoin de l’adulte sinon il se sent abandonné. Ce n’est pas pour punir un enfant qu’on lui demande se s’assoir au calme dans un coin, mais bien pour qu’il s’apaise. L’adulte n’est pas un juge de l’enfant, mais un allié résolument de son côté.
Peu à peu l’enfant trouve d’autres moyens pour s’exprimer, il se sert de plus en plus des modes symboliques : il utilise le jeu puis la parole, son comportement change. Le rôle de l’adulte ici est de lui laisser de la place et du temps, de l’engager à parler plutôt qu’à agir. On peut même concevoir de le laisser faire des jeux violents (qui ne portent pas atteinte aux autres enfants ni à lui-même bien sûr), comme fabriquer des épées ou malmener la poupée. Lui lire des contes ou des histoires est une autre façon de lui parler de ses émotions et qu’il se sente autorisé à les exprimer.
Les adultes non plus ne doivent pas se sentir seuls. Ils doivent pouvoir compter sur une équipe : partager pour ne pas être démunis, penser ensemble, être accueillis sans jugement… comme le tout-petit.


*A l’occasion de son intervention sur « l’approche Piklérienne dans la prise en charge des émotions de l’enfant », lors des Journées Nationales d’Etudes des Puéricultrices qui se sont tenues du 14 au 16 juin 2017.

Pour aller plus loin, suivre notre formation en ligne : Comprendre et accompagner les émotions de l'enfant.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery


PUBLIÉ LE 30 JUIN 2017

mardi 19 mai 2020

Les mots sont des fenêtres .. ou bien ce sont des murs

Un webinaire à destination des chefs d'établissement et enseignants, pour les soutenir dans leurs relations avec les familles, dans le cadre de leur mission de continuité pédagogique. 

4ème épisode : Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs. 

Animé par Véronique Gaspard, avec le soutien de Catherine Schmider, formatrices en Communication NonViolente certifiées par le CNVC.



Dans ce webinaire, il est question de ce qui peut entraver la communication bienveillante. Marshall Rosemberg parle de "communication aliénante" pour traduire les habitudes qui nous coupent du lien à l'autre. Nous pouvons observer combien au quotidien nous avons cette tendance à juger, moraliser, diviser le monde en bien et mal. La CNV n'exige pas que nous arrêtions de nous comporter ainsi, elle invite à observer ce que nous disons ou faisons, et l'impact que cela peut avoir sur nous et sur autrui Nous avons ainsi le choix de communiquer d'une autre manière, si  nous avons l'intention de faciliter nos relations et nous rendre la vie "plus belle". Voici en synthèse ce que nous dit Marshall Rosemberg dans son livre phare "Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs". 

Voici donc les ingrédients qui nous coupent de nos élans de vie.

« Par delà les notions de bien et de mal, il y a un champs. C'est là-bas que je te retrouverai »  (Jalal Al-Din Rumi)

1 Les jugements moralisateurs font partie de ces modes de communication qui nous coupent  de nos élans de cœur et qui incitent  à des mouvements violents  Dans le jugement, nous disons que l'autre est dans le faux ou dans le vrai en fonction de nos jugements de valeur.

 Exemples de paroles qui sont des jugements : "Le problème avec toi, c'est que tu es égoïste.." "Cette élève est paresseuse...." Cette personne est obtus, bourrée de préjugés...Ce n'est pas correct de penser comme ça..."

(reproches, insultes, dénigrements, étiquettes, comparaisons, diagnostics...) 

  • Dans ce monde polarisé entre le bien et le mal, les autres sont rangés, catégorisés ; celui qui n'agit pas comme je le veux est jugé comme "bizarre", "fou"...Quelqu'un qui agit à sa manière est "anormal" ….
  • Ce fonctionnement qui consiste à juger en bien ou en mal en fonction de ce que l'on désire obtenir ou vivre est l'expression tragique de nos besoins. Par exemple, si ma compagne a besoin de plus d'attention que moi, je la juge « exigeante et dépendante » ; par contre, si c'est moi qui ai besoin de plus de tendresse, je dirai qu'elle est « insensible et lointaine » ; si mon collègue est plus attentif aux détails que moi , je dirai qu'il est "pointilleux ou maniaque" ; si c'est moi qui ai besoin de précisions, je dirai de l'autre qu'il est "brouillon et inorganisé".
  • L'expression est  "tragique" car lorsque nous nous exprimons ainsi , nous risquons d'alimenter des réactions de défenses et de résistances. Si les personnes acceptent de se conformer à nos valeurs, ils le feront alors par crainte, culpabilité ou honte. Ceux-là pourront nourrir de la rancoeur et alimentent une mauvaise estime d'eux-mêmes.


Nous pouvons différencier "jugements de valeurs" et "jugement moral" : 

  • Les jugements de valeur reflètent nos idées et nos convictions profondes (exemple : l'honnêteté, la justice, la liberté, la paix...)Il nous est important de les exprimer. 

Exemple : J'aime l'honnêteté dans mes relations amicales.

  •  Les jugements moralisateurs sont des torts que j'attribue à l'autre lorsqu'il  ne se trouve pas dans la lignée de mes jugements de valeurs.

Exemple  « Arnaud est malhonnête parce qu'il ne me dit pas ce qu'il ressent ».  En CNV, je peux dire plutôt : « Je suis triste lorsque je vois qu'Arnaud n'ose pas exprimer ses sentiments par peur d'être jugé. Je préférerais que notre amitié soit basée sur la confiance et la réciprocité."

  • Lorsqu'on s'exprime en jugeant ou en cataloguant les autres, on favorise la violence : le « méchant » a alors le droit d'être puni, les conflits viennent de l'autre. Les parties en conflits ne tiennent pas compte des sentiments et besoins qui sous-tendent les comportements.

2) La comparaison est une forme de jugement

Se comparer aux autres crée de la souffrance, que ce soit la comparaison physique, matérielle ou au niveau de notre réalisation . Par exemple, le fait de se comparer à ce qu'a réalisé Mozart quand on est musicien, ne peut apporter que de la déception, de la tristesse ou de la frustration. Cela a un impact sur notre estime de soi. Lorsqu'on compare des enfants entre eux, on peut passer à côté de l'unicité de chaque être et de son parcours singulier. Cela peut créer de la souffrance pour celui qui se voit comparé.

3) Le refus de responsabilité : 
  • Le fait de nier ses responsabilités nous empêche d'accéder pleinement à la responsabilités de nos pensées, sentiments et actes. Ce refus de responsabilité apparaît dans l'expression tellement usité  de "il faut" !

 "Il y a certaine choses qu'il faut que tu fasses que ça te plaise ou non...!" 

  • Il est plus juste d'exprimer ce que je ressens lorsque l'autre ne fait pas ce que j'aimerais qu'il fasse. Comment cela vient-il me toucher ? Et quels sont mes besoins inexprimés ou insatisfaits à ce moment-là? Par exemple : "Quand tu ne ranges pas ta chambre, je suis contrariée parce que j'ai à coeur que ma maison soit en ordre. Cela m'apporte de l'harmonie et de la douceur au quotidien."
  • Lorsqu'on utilise le « tu », c'est une autre manière de rejeter la responsabilité sur l'autre. La CNV invite encore une fois à exprimer nos sentiments et besoins    en parlant de soi  : "Je me sens ... quand tu dis, fais, ......parce que j'ai besoin de ......"

Exemple "Tu me culpabilises !"  est un langage aliénant.

4) Les exigences

« En soi, l'exigence fait explicitement ou implicitement planer sur le destinataire la menace s'un reproche ou d'une punition au cas où il ne s'y plierait pas. Or il n'est pas dans notre pouvoir de faire faire quelque chose à quelqu'un » dit Marshall Rosemberg. 

5) Les mérites et récompenses

Il est dans l'intérêt de chacun de changer parce qu'il sent que ce changement lui sera bénéfique plutôt que de subir une punition ou une récompense parce que notre comportement est jugé néfaste. 

« La communication aliénante est à la fois un produit et un pilier de nos sociétés fondées sur des principes de hierarchie ou de domination" (Marshall Rosemberg)