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mercredi 1 février 2023

Comprendre et accompagner les émotions de l’enfant

Article de Delphine Leca, psychologue et psychothérapeute

Développement cérébral:

Pour mieux comprendre et accompagner les enfants dans la gestion de leurs émotions, il me semble essentiel de connaitre la façon dont se développent les différentes formes de compétences dans le cerveau humain:

– De façon très schématique, on peut dire que celui-ci se divise en trois grandes zones –



– LE CERVEAU REPTILIEN (Cervelet) correspond à la partie archaïque du cerveau, situé à l’arrière du crâne, il permet toutes les fonctions vitales primaires (respirations, pression artérielle, rythme cardiaque, coordination, équilibre, sommeil…) et déclenche, face au danger des réactions physiques instinctives, impulsives (instinct de survie) et des réflexes d’attaques ou de fuites → Cette partie du cerveau est mature dès la naissance

– LE CERVEAU LIMBIQUE (ou cerveau émotionnel) permet la reconnaissance et l’évaluation de la valence émotionnelle, il a également une fonction essentielle dans la mémoire et les apprentissages. Il joue un rôle de régulation des instincts primitifs de survie, engendrés par le cerveau reptilien → il grandit essentiellement entre le 15 eme mois et les 4/5 ans de l’enfant, bien connecté vers 6/7 ans, et réellement mature qu’aux alentours de 15 ans.

– LE CERVEAU SUPERIEUR (ou néocortex) enveloppe le cervelet et le cerveau limbique et participe aux fonctions cognitives dites « supérieures »: conscience, langage, capacités d’apprentissage, perceptions sensorielles, commandes motrices volontaires, présence dans l’espace. Il se divise en quatre lobes: frontal, pariétal, temporal et occipital.

Le lobe frontal est particulièrement développé chez l’humain, il nous différencie des grands singes, en nous rendant « intelligent ». Il permet réflexion, raisonnement, créativité, imagination, résolution de problèmes, planification, conscience de soi, empathie. Il participe au contrôle rationnel des émotions en les réévaluant et en les tempérant → Celui ci ne sera vraiment mature qu’aux alentours de 25 ans.

Et oui, ne jamais perdre de vue que l’enfant n’est pas un adulte en réduction mais bien un être en construction, « les structures et les réseaux cérébraux [de son cerveau ne sont donc] pas encore suffisamment fonctionnels ». Son cerveau est alors « fragile, malléable, vulnérable et immature ». 

C’est pourquoi, ce que nous interprétons souvent comme des caprices ou des troubles du développement pathologiques chez les enfants sont en fait la conséquence de l’immaturité de leur cerveau. L’enfant se retrouve régulièrement en proie à de véritables « tempêtes émotionnelles » qui le submergent et qui donnent lieu à des comportements impulsifs/réflexes initiés par le cervelet (cerveau reptilien/archaïque) seule partie mature de son cerveau.

Ce n’est que vers l’âge de « 5/6 ans, [que] l’enfant commence donc à contrôler un peu mieux ses émotions négatives, à comprendre leurs causes et à savoir les surmonter » … (C. Gueguen)


Lorsque l’enfant n’est pas consolé, rassuré, pris en compte dans son émotion, son cerveau va sécréter de façon excessive des molécules de stress (cortisol, adrenaline…) extrêmement toxiques pour son cerveau en développement. C’est pourquoi, il est particulièrement important de faire preuve d’empathie. Envers soi même d’abord (sentir et comprendre nos propres émotions) et envers son enfant (entendre, ressentir, comprendre ses émotions):
  • Exprimer ses émotions est toujours bénéfiques (exprimer ses émotions négatives contribue à apaiser la sécrétion de molécules de stress, par l’amygdale cérébrale, qui est le centre de la peur)
  • Exprimer ses propres émotions devant son enfant
  • Aider l’enfant à exprimer ses émotions et à les reconnaitre
"Consoler un enfant ‘chamboulé’ participe à la maturation de son cerveau « … (C. Gueguen)


Plasticité cérébrale: 


On sait aujourd’hui que le développement du cerveau (qui est plastique) évolue, se modifie en fonction des expériences vécues par le sujet et ce de façon particulièrement accrue pendant les 6/7 premières années de vie. On a pu découvrir, très récemment que l’expression des gènes était elle-même influencée par l’environnement (l’ensemble de nos comportements quotidiens), c’est ce que l’on appelle l’épigénétique.

C’est la raison pour laquelle il est essentiel de favoriser les bonnes expériences relationnelles dans les premières années de vie de l’enfant pour lui permettre de développer « une intelligence émotionnelle et sociale » et pour lui éviter « des perturbations physiologiques cérébrales et même structurelles, qui lorsqu’elles sont installées, sont souvent à la base de difficultés affectives durant l’enfance, l’adolescence et à l’âge adulte » * (C. Gueguen)

Lorsque l’enfant n’est pas reconnu dans ses émotions, qu’on lui interdit de les exprimer, il va se couper de celles-ci , se « déconnecter » de ses ressentis pour éviter de souffrir. Il risque alors de ne pas développer de façon satisfaisante les connexions cérébrales nécessaires à la maîtrise de ses émotions.

 En grandissant, il risque alors de rencontrer des difficultés à « comprendre et maitriser ses émotions », d’être « sujet à des crises d’angoisses, d’agressivité ou de dépression », d’être « incapable de lier des liens d’affections » satisfaisant, d’être « incapable d’éprouver de la compassion pour autrui »…

[Une étude de 2011 proposé par Emil Coccaro, professeur de psychiatrie à l’université de Chicago a clairement mis en évidence un lien entre adultes violents et cortex préfrontal hypoactif ] .

La répétition de l’activation des bons, ou des mauvais circuits cérébraux va alors avoir un effet vertueux, ou vicieux sur le développement de l’enfant…

Qu’appelle t-on « émotions »:


Il s’agit d’abord d’une manifestation interne qui va ensuite générer une réaction extérieure automatique. Les émotions primaires ou émotions de base sont la joie, la peur, la colère, la tristesse, la surprise et le dégoût. Ces émotions permettent de nous renseigner sur notre état et de nous guider vers la satisfaction de nos propres besoins. Elles ont aussi une fonction de signal social en nous permettant de communiquer aux autres notre état intérieur.

Les émotions « désagréables » sont souvent dévalorisées, vécues à tord comme des faiblesses ou des obstacles par rapport à la raison. Or, sans émotions nous ne pouvons pas fonctionner: nos décisions ne sont jamais entièrement rationnelles mais toujours orientées, dictées par nos émotions (même si nous n’en avons pas toujours conscience).

D’autre part, il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises émotions: les émotions sont toujours légitimes et indispensables (ex: la peur va nous informer d’un danger, le cerveau va alors sécréter des hormones de stress cortisol, adrénaline ce qui va nous permettre d’accroitre notre niveau de vigilance, de courir plus vite… )

En outre, sans émotions: l’art n’existerait pas (littérature, musique, peinture…) et les apprentissages seraient inopérants…

Comment accompagner l’enfant dans ses émotions?


Le but n’est pas de stopper la crise émotionnelle mais de l’accompagner. Toutes les colères sont légitimes, elles ne sont jamais volontaires ni préméditées (l’enfant ne fait pas une colère, il est en colère). Il est important que l’émotion puisse s’exprimer, être reconnue et acceptée par l’adulte. L’enfant a parfaitement le droit d’être en colère, d’avoir peur, d’être triste…

C’est en apprenant à nos enfants à vivre avec leurs émotions (et non à les réprimer) que nous leur permettons de développer leur intelligence émotionnelle, qui correspond à « l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres » (Mayer & Salovey, 1997).

CE QU’IL FAUT ÉVITER: (inefficace et contre-productif: aggrave l’intensité de l’émotion et génère une libération excessive de molécules de stress)

  • Nier l’émotion ou la minimiser
  • Culpabiliser: « tu n’as pas à être en colère! » « ce sont les bébés qui pleurent pour ça… »
  • Donner des conseils ou faire la morale
  • Contagion émotionnelle: répondre à la colère par la colère (petit problème de cohérence…)

CE QU’IL FAUT PRIVILÉGIER
:

  • Se connecter à l’émotion: il s’agit d’abord de se brancher, se connecter à l’émotion de l’enfant sans en avoir peur et sans la prendre pour la nôtre: dans le contact mais en silence.
  • Pratiquer le « reflet émotionnel »: puis poser des mots en reflétant l’émotion que vit l’enfant: « je vois que tu es colère et que c’est compliqué pour toi. Je comprends que ce soit frustrant de devoir attendre ton tour… » 
  • Eviter tout jugement ou commentaire.
  • Proposer des outils: pour créer une médiation entre l’enfant et son émotion, pour lui permettre de mettre un peu de distance entre l’émotion et sa réaction:

– Le coin à émotions: un gros pouf (type poire) pour permettre à l’enfant de se lover dedans pour retrouver une certaine unité, contenance ; une table et chaise avec des feuilles à disposition pour que l’enfant puisse exprimer son émotion à travers le dessin (dessin de la colère) …

– Le sac à émotions: pour permettre à l’enfant d’y déposer symboliquement sa colère/tristesse au moyen de petits objets symboliques représentant chaque émotion et préalablement réalisé ou du moins investi par l’enfant.

– Le sac à cris: proposer à l’enfant de crier devant un petit « sac à cris » pour y mettre sa colère et l’aider à contrôler ses cris. Il a le droit de crier, mais on lui propose une autre façon de le faire en redirigent ses cris, sa colère « dans » le sac. Cela peut aussi s’envisager avec « une cabane à cris »un lieu préalablement choisi avec l’enfant, dans lequel il est libre de crier comme il le souhaite…

– Les plumes ou la paille: l’interêt est de permettre à l’enfant de souffler pour l’aider à mieux respirer. La respiration lui permettant de s’apaiser. Il s’agira soit de souffler sur des plumes, soit de souffler dans une paille plongée dans un verre d’eau… (ex: pour les plumes: on peut proposer à l’enfant de créer un « bonhomme en colère » qu’il pourra nommer du nom de son choix avec une boule de polystyrène, un visage mécontent dessiné dessus et des plumes plantées au sommet de la tête, et dont il pourra se servir librement lors de ses colères)

– Le coussin de colère: l’enfant a le droit de le taper, de le mordre, de le jeter… pour évacuer ce tsunami émotionnel qui le submerge.

– Le punching-ball: sur le même principe que le coussin, il va permettre à l’enfant de décharger ses tensions. On lui indique qu’il a le droit de taper (mais seulement sur le punching ball).

– La balle anti-stress DIY: même objectif, elle permet à l’enfant de la serrer très fort, de diriger toute sa colère sur cette balle. (Très simple à réaliser à l’aide de 2 ballons de baudruche et un peu de riz: on découpe l’extrémité des ballons/on forme une boule de riz que l’on enferme dans un petit sac de congélation/on insère le sac de riz dans le premier ballon que l’on recouvre ensuite par le second. Il ne reste plus qu’à dessiner une tête en colère)

Pour les enfants un peu plus âgés, on peut leur proposer des outils pour leur permettre davantage d’identifier et de nommer leurs émotions et leurs sentiments:

– les cartes des émotions

– les visages des sentiments

– la boussole des émotions

Enfin, une méthode fabuleuse pour aider les enfants à vivre avec leurs émotions et à apprendre à les accepter et à mieux les maitriser: LA MEDITATION. Un super ouvrage: « calme et attentif comme une grenouille ».

→ Il est possible d’inventer et de réaliser toute sorte d’outils avec les enfants, ensuite, à chacun de trouver celui ou ceux qui conviendront le mieux …

* NB: Rassurez-vous, par le fait même de cette plasticité cérébrale, il est possible de corriger par la suite d’éventuelles carences ou difficultés rencontrées dans la petite enfance, si celles-ci n’ont pas été trop importantes et n’ont pas duré trop longtemps. Rien n’est figé, le cerveau est un organe plastique, modifiable jusqu’à la fin de nos jours…


  • « Pour une enfance heureuse », C. Gueguen, Ed. Robert Laffont (désormais disponible en format de poche)
  • Conférences proposées par C. Gueguen: « enfant et apprentissage »;  « Empathie et neurosciences affectives et sociales »; « Pour une parentalité sans violence »; « Ce que nous apprenne les recherches en neurosciences sur le développement émotionnel et affectif de l’enfant ». 

Photo d’illustration trouvé sur le site « parentstakecharge.com »

jeudi 15 septembre 2022

« Tu m’énerves quand tu fais ca ! »

 

article du blog "les ateliers Gordon"

S’affirmer face à un comportement qui me pose problème


Lorsque notre enfant a un comportement qui nous pose problème, nous avons bien souvent du mal à nous affirmer de manière appropriée. Et ça peut donner « Tu m’énerves quand tu fais ça ! », accompagné parfois de noms d’oiseaux plus ou moins exotiques... Et là, contrairement à ce que nous espérons, notre réaction engendre la plus grande indifférence apparente de l’autre ou provoque un conflit.

Comment faire autrement ? Comment indiquer à mon enfant que son comportement ne me convient pas sans être agressif ? Comment l’inciter à changer sans lui faire perdre la face ou lui faire éprouver du ressentiment à mon égard ?


Lorsque le comportement de notre enfant nous pose problème, nous sommes contrariés, énervés ou en colère parce qu’il fait quelque chose qui nous empêche de satisfaire nos besoins.

  • Par exemple, votre aîné qui s’était porté volontaire pour aller chercher son petit frère à l’école n’a pas rempli son engagement, vous êtes dérangé au milieu de votre réunion pour aller le chercher de manière précipitée.
  • Ou encore, votre fils laisse dans le salon ses chaussures pleines de terre et ses affaires de sport alors que vous avez des invités.
Dans de telles situations, nos besoins ne sont pas satisfaits. Nous voulons nous aider nous-mêmes. Cela signifie que nous devons nous affirmer, nous dévoiler, donner à notre enfant des informations qui l’aideront à comprendre en quoi son comportement nous pose un problème, afin qu’il modifie son attitude. Voici deux manières de le faire :

En évitant les messages blessants et les “messages-Tu"

En formulant ce que Thomas Gordon appelle des “messages-Je de confrontation”

1. Eviter les messages blessants et les « messages-Tu »

Tout d’abord voyons comment éviter les messages blessants et les « messages-Tu ».

Parfois, lorsque nous avons un problème et que nous sommes contrariés, nous accusons l’autre en utilisant des paroles blessantes ou jugeantes. Les cris et les mots blessants, qui sont d’usage fréquent dans notre culture, ont malheureusement des effets négatifs, ils créent une relation tendue, « électrique » et ne permettent pas de résoudre les problèmes.

Si je veux communiquer de façon positive et résoudre les problèmes de manière constructive, j’évite le plus possible les attitudes et les mots blessants.

Voici quelques attitudes à éviter :
- Les cris,
- Les insultes,
- Le ton ironique,
- L’absence d’attention
ex : Je ne regarde pas mon enfant ou je suis sur mon téléphone pendant qu’il me parle,
- Juger mon enfant et non son comportement
ex : Tu es égoïste ! au lieu de « tu pourrais ranger tes affaires de sport dans ton placard»,
- Minimiser ce que l’autre ressent
ex : Mais non, ce n’est pas grave, vous allez vous réconcilier demain ! (quand mon enfant est désemparé après s’être disputé avec son ami) ,
- Généraliser le comportement
ex : Tu ne ranges jamais rien ! (au lieu de « tu n’as pas rangé tes affaires de sport »),
- Comparer les enfants entre eux
ex : Ta sœur, elle, n’aurait jamais laissé le salon dans cet état !
- Critiquer, faire des reproches
ex : C’est toujours pareil ! Il n’y a pas moyen de garder une maison propre et rangée avec toi !
- Menacer
ex : Si ça continue, je vais te priver de foot ou t’envoyer en pension !

On gagne aussi à éviter les messages-Tu car ils rejettent la faute sur l’autre personne et disent dans les grandes lignes « Tu as tort », « tu es injuste », « tu devrais être plus responsable », « c’est de ta faute », « voici ce que tu dois faire ».

Dans mon exemple, cela pourrait être : “Tu n’es pas le seul à utiliser le salon, tu abuses vraiment de toujours laisser cette pièce en bazar !” ou « tu comptes ranger et nettoyer un jour ?”

Les messages-Tu vont particulièrement contrarier l’autre personne sans pour autant nous aider à obtenir ce dont nous avons besoin ou envie.

En résumé, les Messages-Tu :

✓ sont le plus souvent pleins de critiques et de jugements,
✓ attaquent l’estime de soi de l’autre,
✓ rejettent la faute sur l’autre,
✓mettent presque toujours l’autre sur la défensive et peuvent générer des argumentations ou des disputes,
✓ nuisent à la relation,
✓ ne facilitent pas la résolution d’un problème.

Lorsque je suis confrontée à un comportement qui me pose problème, je peux déjà commencer par porter mon attention aux mots que j’emploie en évitant les mots et attitudes blessantes ainsi que les messages-Tu.
Je peux aussi formuler un message-Je de confrontation.


2. Le message-Je de confrontation


Lorsque nous avons un problème avec une personne, nous aurons plus de facilité à initier un changement de comportement si nous lui disons nos pensées et ressentis de façon claire, directe, et sans accusation. Il est important d’assumer nos pensées, besoins et ressentis, et d’apprendre à les exprimer à nos enfants lorsque leurs comportements entrent en interférence avec la satisfaction de nos besoins. Thomas Gordon a appelé cela un « Message-Je de confrontation ».

Cela peut être difficile, nous sommes tous réticents à dire aux autres que leur comportement nous pose un problème. Et personne n’aime entendre cela. Nous craignons qu’ils se sentent blessés, se mettent en colère ou ne comprennent pas. Pour certains, cette appréhension est si présente qu’ils évitent tout simplement la confrontation. Le problème n’est ni traité ni résolu. L’autre personne est laissée dans l’ignorance du problème et nous développons du ressentiment à son égard.

Au contraire, le message-Je fait savoir à mon enfant ce qui m’arrive et ce dont j’ai besoin. Il n’accuse ni ne rabaisse personne et ne dit pas à l’autre ce qu’il doit faire.

Dans le message-Je de confrontation, je vais décrire :
1. Le comportement qui me pose problème
2. Les conséquences concrètes que ce comportement provoque chez moi
3. Mon ressenti

COMPORTEMENT / EFFETS / SENTIMENT : ces trois parties peuvent se positionner dans n’importe quel ordre, bien que cet ordre soit souvent le plus efficace.


  • Premièrement, la description du comportement : c’est uniquement ce que je pourrais filmer ou enregistrer. Les sentiments intérieurs, interprétations, jugements, pensées, ou suppositions ne sont pas des comportements car nous ne pouvons pas les observer directement, factuellement. Je décris factuellement sans être accusateur.
Ex. si je dis « tu agis vraiment comme un égoïste » : c’est un jugement
Si je dis « Tu laisses au salon tes chaussures pleines de terre et tes affaires de sport. Il y a de la boue sur le tapis.» : je décris le comportement

  • Ensuite, nommer les conséquences concrètes que le comportement de l’autre a sur moi : cela lui permet de se rendre réellement compte de la manière dont son comportement limite ou empêche la satisfaction de mes besoins. Les personnes peuvent mieux nous comprendre et s’identifier à notre problème. Les conséquences concrètes sont les effets réels et directs que nous n’apprécions pas ou que nous ne voulons pas avoir à subir : nous prendre du temps, de l’énergie ou de l’argent, nous empêcher de faire quelque chose, nous demander davantage de travail, nous fatiguer, nous faire mal physiquement ou nous donner de l’inconfort.
Ex : perte de temps et d’énergie pour ranger et nettoyer le salon avant que les invités n’arrivent, nous mettre en retard pour commencer à préparer le repas avec le risque de ne pas avoir le temps de finir à temps.
  • Troisièmement, mon ressenti : c’est une sensation que nous éprouvons en réaction au comportement de l’autre personne et que nous éprouvons dans notre corps (et pas dans notre tête).
Ex. je suis agacée, je crains de ne pas pouvoir finir, je crains de ne pas récupérer le tapis sali.

  • Ainsi, dans mon exemple, le message-Je pourrait être :
Lorsque tu laisses au salon tes chaussures pleines de terre et tes affaires de sport alors que j’attends des invités, je suis agacée car je perds 15 à 20 minutes à ranger et nettoyer. Je suis en retard pour commencer la préparation du dîner, et je crains de ne pas finir à temps.

Le message-Je de confrontation est donc une manière de dire aux autres, sans les agresser, que leur comportement nous pose un problème.
Puisque le message-Je n’accuse pas l'autre, il est moins susceptible de se mettre sur la défensive, et nous avons plus de chance de le voir coopérer.


Par Edwige Grouin, Formatrice Gordon accréditée


https://www.facebook.com/edwigegrouinateliers

jeudi 3 septembre 2020

Comprendre les racines de la violence éducative ordinaire et ses conséquences : un pré-requis pour des relations bientraitantes

sur le site :  https://apprendreaeduquer.fr/


conséquence violence éducative théorie de l'attachement



Je vous propose un nouveau format d’article sur le blog. Il s’agit d’interviews menées par Ingrid van den Peereboom, animatrice de l’émission radio Vers une parentalité bienveillante sur RCF et spécialiste du portage physiologique. Ses interviews donneront la parole à des penseurs et des penseuses de l’accompagnement respectueux des enfants qui aborderont des thèmes peu évoqués par ailleurs.

Aujourd’hui, Ingrid s’entretient avec Jean-Pierre Thielland. Ce dernier a été instituteur, puis enseignant spécialisé en Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED). Il a ensuite exercé les fonctions de psychopédagogue en Centre Médico-psycho-pédagogique ou CMPP. Président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, Jean-Pierre Thielland aborde l’attachement et la violence éducative ordinaire dans son livre intitulé Je peux la taper… elle est de ma famille – Attachement et violence éducative ordinaire, un livre paru en 2019 aux éditions l’Instant Présent.

En France, plus de 80% des enfants sont soumis à des punitions corporelles, des humiliations ou des violences psychologiques sous forme de punitions ou sanctions diverses. La tolérance à l’égard de ces pratiques et l’absence de politique de prévention à l’échelle nationale ont un impact très lourd sur l’état de santé psychique de nombreux enfants et adolescents.

Dans son livre, Jean-Pierre Thielland évoque divers accompagnements d’enfants. Son récit est émaillé de multiples références simples et claires, très utiles à la compréhension, sur la théorie de l’attachement développée par John Bowlby, puis à sa suite Mary Ainsworth. Il a accepté de répondre à quelques questions à ce sujet, en complément de l’émission radio diffusée le 19 mai 2020 sur RCF.


Jean-Pierre Thielland, en s’appuyant sur l’éthologie, Bowlby remet en cause les principes freudiens. En quoi cela nous aide-t-il dans l’accompagnement des enfants ?

Ce sur quoi insiste énormément Bowlby, c’est l’interaction. C’est-à-dire que pour le bébé ou l’enfant, être nourri n’est pas la chose la plus essentielle pour lui assurer un développement affectif sécure et satisfaisant. Ce qui est très important, c’est le côté relationnel entre ce bébé, cet enfant et sa figure d’attachement. Et c’est quelque chose qui fonctionne dans les deux sens : la figure d’attachement apporte de la sécurité au bébé de par son acceptation, son accueil inconditionnel et, en même, temps, le bébé, par ses manifestations, – ça peut être des pleurs, ça peut être un sourire, un appel du regard -, va faire résonner, faire vivre en fait, chez la mère ou chez le père, cette attention. Il va éveiller l’attachement du parent à son égard. L’enfant mobilise des affects qui vont faire en sorte que le parent va s’approcher et répondre à sa demande.

Bowlby a souligné l’importance de cette dimension interactive innée, contrairement à la théorie freudienne qui plaçait au premier plan le nourrissage du bébé. Freud n’a pas insisté comme Bowlby sur la primauté accordée par le bébé à la relation, à la qualité du lien avec la figure d’attachement et à l’importance de cet aspect interactif de la relation.



Vous évoquez un petit Alexandre qui intériorise l’idée que c’est parce qu’il fait des bêtises qu’il est frappé et puni. Il justifie ce qu’on lui fait et donne un sens à son vécu pour comprendre le monde. 

Oui, et aussi pour avoir une place. Un jeune enfant ne peut pas imaginer que son parent est en train de lui faire violence et de le maltraiter. C’est impossible. La théorie de l’attachement nous dit justement que, pour un enfant, c’est extrêmement important qu’il identifie son père ou sa mère comme des personnes sécures sur qui il peut compter. Et que lorsque son attitude, quelle qu’elle soit, va déclencher chez son parent une réponse qui sera insécurisante pour lui, il va organiser son fonctionnement pour que ça n’arrive plus ou le moins souvent possible. Donc il va faire en sorte de ne pas susciter de manifestation de réprobation chez son parent. C’est une première chose.

Et puis, pour que ça ait du sens pour lui, il va se servir du phénomène du déni pour justifier ce comportement, faire sens de ce comportement, en intériorisant l’idée que c’est de sa faute. Le déni lui permet de conserver une représentation acceptable de son parent. Et c’est lui qui provoque, par son comportement, les manifestations effrayantes et violentes de son parent. Et bien souvent, il y est invité par les paroles des parents, qui peuvent dire à l’enfant qu’il les pousse à bout, qu’il exagère, qu’il est insupportable, qu’on ne peut rien faire de lui, toutes ces expressions qu’on peut entendre chez les parents qui leur permettent pour eux-mêmes aussi de justifier leur propre violence. Et ça va aussi dans les deux sens, c’est-à-dire que ça va inciter l’enfant à endosser la responsabilité de la violence qui lui est infligée. C’est extrêmement pervers, mais c’est vraiment très important à identifier.

Ce système de maltraitance, de violence devient presque un système qui s’auto-alimente, à la fois du côté du parent et à la fois du côté de l’enfant. S’il n’y a pas une personne dans l’entourage de l’enfant qui peut lui faire sentir, qui peut même lui faire comprendre que ce qui se passe n’est pas normal, il va s’identifier à ce comportement. Il va en faire un signe pour lui d’appartenance et d’identification à sa famille. Il va accueillir ce mode relationnel basé sur la violence et en faire une composante de sa personnalité. À l’école, s’il rencontre un garçon qui fonctionne plus dans l’empathie ou qui réagit différemment de lui, ça peut susciter en lui de l’agression. Ça le remet en face de ce qu’il vit et de ce qu’il a élaboré comme fonctionnement plutôt du côté d’une réponse violente. Et constater qu’un enfant réagit différemment, dans la cour de récréation par exemple, ça peut susciter chez lui de la violence. Ça peut le pousser à être agressif avec cet enfant qui n’est pas sur le même fonctionnement que lui. C’est une reproduction de la violence du parent, qui lui-même reproduit la violence qu’il a subie quand il était enfant.


Pour sortir de ce système, il est nécessaire de passer par de nombreuses prises de conscience. 

Oui. C’est très important et c’est très difficile. J’entends la prise de conscience au sens où l’entend Alice Miller, c’est-à-dire une prise de conscience qui soit émotionnelle, pas uniquement intellectuelle. Ce qui est important pour un adulte quand il devient parent, c’est d’avoir cette possibilité d’identifier ce qu’il a vécu, lui, en tant qu’enfant comme étant potentiellement maltraitant, qu’il puisse avoir un espace, une rencontre avec quelqu’un où il va pouvoir à la fois verbaliser ce qui lui est arrivé – pouvoir décrire la situation de manière factuelle, pouvoir essayer d’identifier les différentes personnes – d’une part et surtout de pouvoir, autant qu’il peut, récupérer un certain nombre des émotions et des sensations qu’il a ressenties, ce que ça lui a fait à ce moment-là dans la situation de violence qu’il a subie. Il s’agit pour lui de se réapproprier quelque chose qu’il n’a pas pu exprimer à ce moment-là et de pouvoir le partager avec quelqu’un. Ça peut être un thérapeute, mais aussi quelqu’un de proche, un ami… Et du coup, ce vécu de violence, avec les émotions et la souffrance qui s’en est suivie, peut occuper une autre place.

La personne n’est plus agie par cette violence, mais elle en a un souvenir, une mémoire autobiographique. Ceci signifie : je peux resituer ce qui m’est arrivé dans ma mémoire, je peux en parler, je sais que ça m’est arrivé, je sais que ça n’était pas normal, je sais que j’ai souffert et je sais aussi que je n’ai pas envie de refaire la même chose avec mon enfant. Donc cette nouvelle mémoire, cette histoire qui est intégrée à ma personne, dans ma mémoire psychique, dans ma mémoire émotionnelle, voire même dans ma mémoire corporelle, elle devient un repère pour moi. Quand je vais être à mon tour parent et que l’attitude de mon enfant va allumer cette violence, je saurai l’identifier pour ce qu’elle est, c’est-à-dire ce qui m’est arrivé et que j’ai en moi de douloureux, de violent éventuellement. Mais je ne vais pas l’adresser à mon enfant d’une manière immédiate et violente. Je vais avoir un réflexe, une lumière qui va s’allumer pour dire : Ah oui là, attention ! Il y a une fragilité. Je fais attention à ce que je vais faire avec mon enfant. Ça permet de ne plus être l’objet de sa propre violence et de ne pas la reproduire.

Pour moi, c’est une façon à la fois indispensable de sortir du phénomène du déni, qui a eu son utilité à un moment donné dans l’enfance, mais qui devient un empêchement à rejoindre son enfant si on devient un jour parent. C’est l’essentiel à mes yeux pour permettre de sortir de cette reproduction de la violence. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup lu les livres d’Alice Miller, qui m’ont énormément aidé, parce que derrière les mots d’Alice Miller, il y a une résonance émotionnelle. Son écriture a cette particularité de nous mettre en lien avec nos émotions, avec notre histoire et il peut y avoir un véritable travail : c’est presque une écriture thérapeutique. Ses livres nous permettent justement de nous remettre en lien avec cette histoire passée et d’y trouver un sens qui nous rapproche de notre enfant maltraité, notre enfant intérieur et qui, du coup, va nous aider à nous mettre en lien avec notre propre enfant si un jour on est parent. Le processus de lecture peut aider à cette prise de conscience. J’aime beaucoup le cinéma et il y a aussi des films qui sont importants. Il y a un très beau film américain intitulé La nuit du chasseur, de Charles Laughton, sorti en 1955, où on a justement à la fois la cécité émotionnelle des adultes proches des enfants, le prédateur et le témoin secourable et la capacité des enfants à trouver de l’aide. Il y a évidemment le film de Michael Haneke, plus récent, sorti en 2009, intitulé Le ruban blanc, qui montre bien aussi le processus de répétition de la violence. Donc c’est important de pouvoir se saisir sur sa route de témoin lucide, de tuteur de résilience, comme le dit Boris Cyrulnik, pour pouvoir sortir de cet enchaînement, de cette répétition. 



Que fait ce témoin secourable ? Il apporte un regard ? Il verbalise des choses essentielles ? 

Il offre une sensibilité et une écoute sensible. Il va avoir une attitude qui va permettre que la parole de celui qui s’exprime puisse se déployer dans sa totalité. Il ne va pas juger. Il ne va pas forcément donner de conseils non plus. Il va essayer d’ouvrir des pistes pour que le maximum d’émotions puissent avoir une place, s’exprimer dans toute leur richesse et en toute liberté. Cet espace est important, que représente le témoin secourable. Ça peut être de la parole et, avec les enfants, ça peut être le jeu. Dans le livre, je montre bien comment cette petite fille s’empare de tout son imaginaire, sa créativité pour raconter et revisiter des histoires qui lui sont arrivées, avec des émotions, avec du corps. Avec les enfants, c’est possible de faire ça. Avec un adulte, ça sera peut-être au niveau de la parole et aussi des émotions, l’expression, des larmes, peut-être aussi la colère. Donc c’est vraiment ce rôle du témoin secourable qui ouvre la porte aux émotions, à l’histoire passée, en offrant sa capacité d’écoute et tout ce que peut avoir vécu un enfant dans son histoire. Et ça peut être absolument terrible. On ne va pas minimiser non plus, dans l’idée que ça pourrait être rassurant. On ne va pas chercher non plus à rassurer l’autre, mais être disponible à tout ce que la personne a à exprimer de sa souffrance et de son histoire. Pour moi, ça serait vraiment ça, les qualités d’un témoin secourable, d’un témoin lucide.



Vous évoquez la délicate situation de l’accompagnement d’une petite fille dont on vient de parler. Vous manifestez que la mère refuse de s’impliquer autant que vous lui en donnez la possibilité. 

Oui. Je dis qu’en fait, elle n’arrive pas à changer des choses dans son comportement, dans sa posture de mère autoritaire et violente. Elle ne veut pas du tout ni interroger la légitimité de cette attitude, bien-sûr, et en plus, surtout, ne pas non plus y apporter un changement. Mais ça, c’est ce qu’elle dit. Et je ne sais pas si le fait que je lui donne des informations sur ce que je pense être nocif et contre-productif dans son attitude dans sa manière “d’accompagner” sa fille quand il y a des devoirs à faire à la maison est opérant. Elle entend des choses. Après, je ne sais pas ce qui se passe en elle, comment ça peut travailler. En tous cas, je lui délivre des informations sur ce que je pense être nocif dans son attitude. En ma présence et avec moi, il n’y a pas vraiment de dialogue. Elle reste sur ses positions.

Vous n’avez pas le même objectif, en fait. Elle veut de la réussite scolaire et vous cherchez le bien-être de la petite fille d’un point de vue global.

Oui. Mais je pense que la réussite scolaire, ça procure du bien-être à la petite fille aussi, malgré tout. C’est comme ça pour elle. Elle va à l’école. Elle n’a pas le choix. Ses parents ont décidé qu’elle allait à l’école. Et donc, cette petite fille fait avec ça. Si ça se passe bien à l’école pour elle, ça va lui apporter du bien-être. Je suis aussi dans cet objectif, même si ce n’est pas l’essentiel, même si je pense que ça viendra de toute façon si cette enfant arrive à pouvoir s’ouvrir, être en lien avec elle-même et exprimer tout ce qu’elle est, tout ce potentiel dont elle dispose, qui est extrêmement riche et qui ne soit pas victime de la répression du côté de sa famille, du côté de sa mère. De ce côté, mon inquiétude était en fait ce comportement de passage à l’acte. Au CMPP (Centre médico-psycho-pédagogique), il arrivait quand-même parfois que les familles ne viennent plus et j’avais un peu l’inquiétude que cette mère interrompe l’accompagnement. J’ai (quand-même) aussi travaillé cette peur en moi et donc sans doute que je n’ai pas été trop insistant sur une collaboration, un engagement plus soutenu de la part des parents. C’est toute la dynamique de ses propres peurs quand on est un clinicien : comment on fait avec ça ? J’en parle un petit peu dans le livre quand cette mère me dit : moi, j’ai été élevée comme ça et que je n’en fais rien. Je la laisse avec cette affirmation, comme si elle présentait une porte fermée et qu’il ne fallait pas franchir cette porte. Ça risquait de la fragiliser, de la mettre en difficulté et qu’elle claque la porte, du coup. Et donc, je ne suis pas allé investiguer là-dessus. Je suis resté comme ça parce qu’il y avait en moi une inquiétude que cette mère arrête tout en disant Ça sert à rien, le CMPP, et donc moi je veux lui faire faire – comme elle faisait – du travail scolaire en plus. Elle s’est quand-même un peu engagée. Elle n’est pas venue à tous les rendez-vous, mais elle est quand-même venue. Elle a accepté mon projet affirmé de travailler sur la confiance en soi, sur l’expression des émotions. Ce sont des choses qui ont été dites. Même si ça ne correspondait clairement pas à ses attentes, elle a quand-même accepté que sa fille vienne voir un psycho-pédagogue une fois par semaine pour l’amélioration pour elle du travail scolaire. Tout cela est assez subtil. Et ce qui est remarquable dans cette situation, – parce que ce n’est pas fréquent – , c’est que je trouve que cette petite fille a réussi à faire bouger des choses dans sa famille. Des choses ont bougé. Cette fameuse histoire de cette sœur dont il était interdit de parler, avec qui elle ne pouvait plus avoir de contacts, ce sont des choses qui ont évolué, justement, au cours du processus de soin et aussi à la fin. Cette petite fille a peu à peu construit cette assurance au travers d’une légitimation dans l’espace de soin de ce qu’elle avait à dire, des émotions qu’elle avait à exprimer, de ses plaintes, de ses reproches. Tout cela a pu se déployer et être accueilli. Ça lui a permis de se construire des repères internes sécures et de pouvoir sans doute affronter des choses qu’elle n’était peut-être pas en capacité d’affronter à un moment donné, trop submergée par les reproches qu’elle était en difficulté scolaire, qu’elle ne travaillait pas assez, etc. Tout cela a été complètement remis à une autre place : elle a pu se rendre compte d’une part qu’elle était véritablement compétente pour apprendre à lire, – ce qui était bien entendu évident – et, du coup, ouvrir la place pour tous les autres aspects de sa personnalité : la créativité, la possibilité de pouvoir exprimer ce qui la préoccupait, voire aussi les reproches qu’elle pouvait faire concernant la manière dont ses parents se comportaient.




Vous évoquez dans votre livre Mary Ainsworth, qui observe trois types d’attachements et qui établit une classification. Elle observe des bébés à l’attachement insécure, ambivalent pour un premier groupe, évitant pour le deuxième groupe et sécure pour le troisième. Dans quelle mesure cette grille d’analyse vous aide-t-elle lorsque vous accompagnez un enfant en difficulté ? Et par exemple dans l’histoire de cette petite fille ?

Elle n’était pas dans l’évitement. Ce n’était pas une petite fille qui ne demandait pas d’aide. Elle pouvait solliciter sa mère. Mais en même temps, elle avait des réponses qui étaient plutôt insatisfaisantes. Elle était un peu entre deux. À la fois, elle avait des réponses de son parent qui alimentaient chez elle de l’angoisse et de l’anxiété et qui pouvaient en même temps l’inviter à ne plus demander d’aide. Je crois qu’il y avait les deux : à la fois un attachement qui était du côté de l’évitement et aussi un attachement qui était du côté de l’anxiété. À un moment, elle me dit quelque chose qui se passe à la maison autour du travail scolaire, et elle ajoute mais je veux pas que tu en parles à ma mère. Il y a en elle une conscience qu’il y a des choses qui ne peuvent pas être partagées avec ses parents, parce que ça risque de se retourner contre elle, de provoquer du rejet, des reproches ou bien quelque chose qui serait de l’ordre d’une désappartenance, une espèce de trahison, de remise en cause du fonctionnement familial. Dire qu’elle n’est pas contente, pas satisfaite de ce qui se passe à la maison pourrait lui être reproché comme étant un signe de désappartenance. 



Il n’y a pas d’espace pour un débat au sein du système familial, donc la remise en cause ne peut se faire qu’en aparté. 

Oui. J’ai compris cela comme une prise de conscience de cette petite fille de ce qu’il était possible de mobiliser du côté de ses parents et de ce qu’il était absolument indispensable de laisser à l’intérieur de l’espace dans lequel elle travaillait. C’était remarquable. C’était sa manière à elle de s’approprier l’espace de soin et de ne pas peut-être le fragiliser en y allant trop vite ou trop fort. Il y a vraiment une intelligence émotionnelle de cette petite fille qui lui fait repérer ce qu’il est possible de faire bouger dans sa famille et ce qu’elle va garder pour elle, en elle. Peut-être qu’un jour elle fera bouger les choses. Mais en tous cas, pour l’instant, pour elle, c’était une limite à ne pas franchir. Elle a senti ça comme ça.



Et donc le dialogue avec vous, qui étiez son témoin secourable, lui permet de sentir qu’elle ne porte pas des choses indicibles toute seule ?

Oui, absolument. Ça aussi, c’est important, parce que la violence éducative attaque aussi la parole. Le fait de mettre des mots, le fait de pouvoir parler, de pouvoir raconter la réalité des choses, avec la réalité de ce qui est ressenti de ce qui est vécu, permet vraiment d’avoir une parole vraie, authentique, incarnée, en lien avec ses émotions, avec son corps et c’est une espèce de victoire, une réappropriation de sa propre parole, au-delà des injonctions des parents qui peuvent dire : C’est de ta faute si on est obligés de te donner une fessée ; c’est parce que tu es paresseuse. Si on est obligés de te faire travailler plus à la maison, c’est parce que tu ne travailles pas bien à l’école, toutes ces injonctions et ces mots qui contaminent la pensée, la parole, sa propre parole et la façon dont on doit entendre la parole de l’autre. Tout est contaminé par une prétendue responsabilité de la violence qui nous est infligée et de la culpabilisation aussi, voire de la honte.

Serge Tisseron, dans son dernier livre, Mort de honte, (Éditions Albin Michel, 2019), un livre autobiographique, dit que la honte empêche de penser. Donc cette petite fille a aussi, au travers de l’indicible, fait une reconquête de sa capacité de penser et de sa capacité de se réapproprier un parler vrai. J’ai trouvé ça fabuleux ! C’est un grand bonheur d’assister à cet éveil qu’elle fait, quelque chose qui est du côté de la joie, de la créativité, d’une authenticité de cette personne, de cette petite fille. L’indicible est fortement égratigné.



Et donc, quand vous êtes témoin de cet éveil, c’est l’instant où l’enfant comprend qu’il est – je vais faire allusion à un film – “imbattable”, même s’il a grandi dans un univers où tout tendait à lui faire croire qu’il était “battable”.

Tout à fait ! Ça se passe en Suède, Même qu’on naît imbattables ! (2018). En France, les enfants sont très seuls. Pour moi, ils sont abandonnés, maltraités par l’institution, par cet abandon, justement. Et donc, effectivement, j’imagine que cette petite fille a pu se construire un repère à l’intérieur d’elle-même, qui lui a fait prendre conscience qu’elle était imbattable, c’est-à-dire qu’il n’y avait aucune légitimité à ce qu’elle soit punie, frappée, malmenée verbalement à la maison et qu’elle avait tout à fait droit à être en sécurité à l’intérieur de son domicile familial, avec son intégrité physique et psychique. C’était un droit, en fait. Elle a peut-être fait cette expérience dans cet espace de soin du CMPP d’une expression très large de tout ce qu’elle pouvait avoir à dire et à exprimer sans sanction, sans répression, etc.

Je pense au moment où elle a manifesté, au tout début où on se voyait, des attitudes très autoritaires dans la manière dont elle jouait par exemple. Et c’était intéressant qu’elle fasse cette expérience de pouvoir déployer aussi cette manifestation autoritaire un peu intrusive. Elle avait tellement peur de perdre dans des jeux à règles qu’elle m’empêchait de jouer ou qu’elle jouait à ma place : des comportements que j’interprétais comme étant un signe de ce qu’elle pouvait subir à la maison. Mais en même temps, il n’y a pas eu de retour de ma part du côté de l’”éducatif ”, comme par exemple : Quand on joue, il faut aussi savoir perdre. Ce n’était pas le but.



Le jeu est une occasion pour vous de l’observer ?

C’est une occasion de m’inscrire dans son jeu à elle, c’est-à-dire d’occuper une place dans ce qu’elle a envie de raconter. Et dans le fait que je me prête à ce besoin qu’elle avait de tout maîtriser, par exemple. C’était ça, mon jeu à moi, tout en le lui disant, bien entendu. Il y a des mots qui sont apportés à ce moment-là, qui décrivent la situation : Ah ben là, tu joues à ma place ; tu veux pas que mon pion soit le premier ? Mais je joue son jeu. Je ne joue pas vraiment, pas comme quand on joue avec les enfants en famille. C’est juste un prétexte, une médiation pour lui permettre d’exprimer des choses en toute sécurité.



Parce que le jeu est quelque chose de connu ?

Oui. Le jeu, c’est extrêmement riche : à la fois les jeux à règles et les jeux qu’elle a pu aussi déployer avec ses petits personnages, voire en jouant un rôle elle-même et en me faisant moi aussi jouer un rôle. Il y a du corps, il y a quelque chose de différent. Le jeu, c’est fantastique pour pouvoir exprimer des difficultés, des émotions, des questions…



Il y a une part d’insaisissable quand on accompagne un enfant. Avez-vous pu percevoir si elle était moins frappée autour des moments de travail scolaire à domicile vers la fin de l’accompagnement ?

Au fil des séances, elle a manifesté son désagrément par rapport au fait qu’elle continuait de faire du travail à la maison. Presque à la fin des séances, quand elle apprend qu’elle va passer dans la classe supérieure, – ce qui était une demande insistante de sa mère – , elle est à la fois contente et rassurée parce que c’est une étape qui va être franchie et, en même temps, elle dit son inquiétude, mais elle n’évoque plus les violences. Et puis elle évoque aussi cette fameuse nouveauté où sa sœur va pouvoir revenir dormir à la maison. Elle est du côté du soulagement, du changement qui est en train de s’opérer et qui va dans le sens de ses attentes, avec quand-même une inquiétude par rapport à cette scolarité tellement appuyée par sa mère. Dans les dernières séances, elle n’en parlait plus, alors je ne sais pas. Je n’ai pas la réponse. C’est insaisissable.



On n’a pas toujours de feed-back sur ce qu’on fait.

Je ne sais pas non plus ce que cette mère a fait de ce que j’ai pu lui dire, des informations que j’ai pu lui donner, sur le côté toxique de son attitude éducative, de cette violence éducative. Je ne sais pas du tout ce qu’elle en a fait. On peut constater des choses : le fait que cette grande sœur ait été autorisée à revenir dormir à la maison ; dans un entretien avec la mère, alors qu’on a fait quelques séances, cette mère dit qu’elle a remarqué que, effectivement, sa fille avait un peu plus confiance en elle. S’ajoute l’histoire de la piscine, où Mélanie ne veut pas faire de la compétition. Elle a peur ou elle a mal au ventre. Donc cette petite fille n’est quand-même pas totalement dans la soumission. Elle résiste. Dans cette situation où elle va apprendre à faire de la natation, mais où c’est encore pour faire de la compétition, avec tout ce que ça implique, elle a quelque chose aussi en elle qui fait qu’elle ne veut pas y aller. Elle résiste aux injonctions de cette famille qui l’inscrit toujours dans des processus qui sont maltraitants, ou en tous cas qui vont à l’encontre de ses besoins et de ses désirs. Donc c’est maltraitant.



Il y a souvent un conflit entre la reconnaissance des besoins et des désirs des enfants et le fait que, souvent, des parents se projettent dans l’avenir et veulent construire une carrière pour leur enfant et ont du mal à le regarder tel qu’il est, aujourd’hui, dans le présent tout simplement.

Oui. Il y a un manque de confiance. Ma représentation, c’est qu’il suffit d’accompagner l’enfant, d’être là dans ce qu’il a, lui, à déployer, à montrer, à découvrir, à partager, à nous faire découvrir, à nous apprendre. Il y a vraiment cette idée interactive de se laisser aller à l’accompagnement d’un enfant. Or, le rapport de pouvoir est extrêmement présent : beaucoup de parents ont peur que leur enfant prenne le pouvoir. Et ça vient de leur éducation, évidemment. Ils ne font pas confiance à l’enfance. Ils imaginent que leur enfant va chercher à les manipuler, à prendre toute la place. Du coup, ils vont mettre en place des interdits, des injonctions qui ne sont pas au service de l’accompagnement de l’enfant, mais qui sont au service de leur peur, qui vient de leur propre histoire. Ils sont en fait manipulés par cette histoire-là. Ils n’ont pas clarifié les incohérences de ce qu’ils ont eux-mêmes subi. Du coup, c’est ça qui continue de fonctionner quand eux-mêmes sont parents. Ils se privent de choses fantastiques. C’est ça qui est triste. Ils empêchent tout un processus extrêmement riche fait de choses joyeuses et moins joyeuses qui font aussi partie de la vie. Ils sont malheureux et les enfants sont malheureux.



C’est une fuite en avant parce qu’ils n’ont pas fait la paix avec leur enfant intérieur ?

Ils l’ont un peu abandonné, en fait. Ils ne lui ont pas ouvert la porte. Ils ne lui donnent pas la parole. Ils le font taire. Cet enfant intérieur pourrait prendre la parole, les aider et leur servir de guide dans la façon dont ils pourraient être avec leur enfant quand ils sont parents. Mais si cette clarification dont je parlais plus haut n’a pas été faite, cet enfant intérieur n’est pas le bienvenu. Il reste enfermé dans une crypte, avec une histoire de maltraitance qui n’a pas été identifiée comme telle. C’est le fameux livre d’Alice Miller, C’est pour ton bien : soit intégrer que J’ai eu des fessées et je n’en suis pas mort, comme ils disent parfois, ou Ça m’a même fait du bien ! C’est une façon de faire taire l’enfant intérieur que de ne pas lui donner la parole et de continuer à le maltraiter. C’est terrible. Et ça empêche d’être un parent suffisamment bon (cfr. Donald Winnicott), en tous cas une figure d’attachement sécure avec son enfant, alors que cette capacité d’occuper cette place est tellement agréable et riche, très nourrissante pour soi, dans cette dimension d’accueil de l’enfant avec ce qu’il est et ce qu’il a à nous raconter et à nous faire découvrir de lui. 

…………………………………

Source : Je peux la taper, elle est de ma famille : attachement et violence éducative ordinaire de Jean-Pierre Thielland (éditions L’Instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet (site de l’éditeur).

jeudi 23 juillet 2020

Les OBSTACLES A LA COMMUNICATION : Repérez les « vôtres » !!!!

https://www.lesateliersgordon.org/post/les-obstacles-a-la-communication-repérez-les-vôtres


« Tu n’es vraiment pas sage » - « Allez, ne t’inquiètes pas, tu verras, demain sera un autre jour », « Fais tes devoirs tout de suite ! », « La prochaine fois tu rendras ton devoir à temps !! ».


Thomas Gordon a appelé OBSTACLES à la communication, les procédés qui – quand ils sont utilisés quand il y a de l’émotion dans l’air – coupent le flot de la communication avec nos enfants – au risque de faire du mal à la relation – et pour certains obstacles de casser l’autonomisation et l’envie de coopérer des enfants.

Par exemple, quand nous sommes dans l’émotion, on peut être tenté de Juger, Etiqueter, Donner des solutions, Ordonner, …

Quand notre enfant est dans l’émotion, on peut être tentés de le Rassurer, Minimser, Faire de l’Humour, Donner des solutions..

Les repérer c’est déjà clé... Se rendre compte quand on les utilise c’est la première étape !! Et puis petit à petit on les utilise de moins en moins .. et nos relations s’enrichissent.





Et vous.. quels sont vos obstacles « préférés », ceux que vous utilisez le plus ?
Quels sont ceux que vous ne supportez pas qu’on utilise avec vous ?

A chacun ses habitudes.. PAS DE PANIQUE – nous ne sommes pas parfaits !! Il ne s’agit pas de s’interdire de les utiliser à jamais. Certains sont à proscrire absolument car ils font vraiment du mal à l’estime de soi de l’enfant.

Etiqueter, Faire Honte, Humilier... cela vaut le coup de se déshabituer et cela passe parfois par se demander d’où ils nous viennent…

Mais pour les autres, l’important est déjà de se rendre compte qu’on les utilise.. et ainsi, les utiliser de moins en moins.. Mais alors par quoi les remplacer ??

QUE FAIRE si on ne peut utiliser les Obstacles à la Communication ?

Lorsque nous sommes dans l’émotion, quand nous avons un problème : la solution est de faire un Message Je. Il nous permettra de dire ce que nous ressentons de façon audible, sans faire du mal à l’autre et en se donnant toutes les chances d’une future collaboration.

Lorsque l’enfant a un problème ! Adopter l’une de ces réponses en voulant l’aider provoque souvent l’effet inverse ! Empêché de s’exprimer l’enfant ne peut prendre une décision et régler son problème.

En tant que parent il nous est difficile d’entendre que notre enfant à un problème, comment s’empêcher de voler à son secours ? On le rassure pour l’apaiser, le conseil pour le guider au mieux, on lui dit quoi faire, on le met en garde pour son bien !

« Ah si je pouvais effacer ton problème d’un coup de baguette magique pour que tu te sentes mieux !»

Faute de pouvoir magique nous disposons malgré tout d’un fabuleux outil qui peut faire bien des miracles … l’Écoute Active !

Recevoir simplement ce que l’enfant à a dire ou l’inviter à en dire davantage suffisent bien souvent à faire parler notre enfant. Senti pleinement écouté, son problème à de l’importance à nos yeux, il ose et se sent assez fort pour trouver une solution à son problème !

Pour en savoir plus sur l’Écoute : L’Écoute Active.

Les 12 obstacles de la communication sont des réponses typiques, des vieux réflexes qui une fois repérés et compris finissent par disparaitre, cela nécessite du temps… et cela vaut le coup !!

samedi 27 juin 2020

Se libérer de la crainte d’être jugé.e par les autres



6ième article d'une série sur le développement de la compréhension de nos enfants.paru dans le blog "Ateliers Gordon" (Article publié initialement dans l'Ecolomag #77 dont le thème principal est l'immunité.)





Carl Rogers, créateur du courant de la Psychologie Humaniste, s’est posé la question suivante : quelles sont les caractéristiques des relations qui sont une aide et qui facilitent la croissance ?

Il a énuméré 10 caractéristiques dont nous avons débuté l’exploration. Or voici que l’une d’entre elle, la 9ième, nous parle précisément d’Immunité ! Retrouvez les autres caractéristiques en bas de la page. Il nous demande :

« Puis-je me libérer de la crainte d’être jugé par les autres ? »

Ne serait-ce pas merveilleux : s’immuniser de la crainte d’être jugé par des autres ?!
Et nous sentons bien là les nombreux effets miroirs. Si j’arrive à m’immuniser alors peut-être pourrais-je offrir à mes enfants un environnement dans lequel ils seront aussi libérés de cette crainte !!

Carl Rogers nous fait part de ses observations :

« Presque dans toutes les phases de notre vie (à la maison, à l’école, au travail), nous dépendons des récompenses et des punitions qui sont les jugements d’autrui : « c’est bien », « c’est méchant », « cela vaut dix », « cela vaut zéro ». De tels jugements font partie de notre vie depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse. Comme tout le monde je me surprends trop souvent à porter de tels jugements. Mais, d’après mon expérience, ils ne favorisent pas le développement de la personnalité et par conséquent je ne crois pas qu’ils fassent partie d’une relation d’aide.

C’est assez curieux, mais un jugement positif est aussi menaçant en fin de compte qu’un jugement péjoratif, puisque dire à quelqu’un qu’il agit bien suppose que vous avez aussi le droit de lui dire qu’il agit mal. Aussi j’en suis venu à penser que plus je peux maintenir une relation sans jugement, plus cela permettra à l’autre personne d’atteindre le point où elle reconnaîtra que le lieu du jugement, le centre de la responsabilité réside en elle-même.

Le sens et la valeur de son expérience dépendent uniquement d’elle et aucun jugement extérieur ne peut rien changer à cela. Aussi j’aimerais m’efforcer d’arriver à une relation où je ne juge pas autrui en mon for intérieur. Je crois que c’est là ce qui peut le libérer, faire de lui une personne qui prend ses propres responsabilités. »

Libérer nos relations des jugements – voilà un chemin magnifique qui boostera le libre arbitre, la motivation intrinsèque et la responsabilité de nos enfants. Et ce n’est pas facile !!
Alors comme premier petit pas je vous propose le suivant : commençons déjà à ne plus porter de jugement sur nous-même !!


RECETTE pour BOOSTER votre Immunité et celle des personnes qui vous entourent :

1 - Soyez attentifs aux jugements – positifs ou négatifs – qui émergent en vous quand vous portez un regard sur vous-même.

2 – Petit à petit – quand vous les remarquez – transformez les. Par exemple – si je m’entends me dire
 « Tu as été nulle sur ce projet » - je le transforme en une affirmation qui ne comprend plus de jugement, mais des faits: « ce projet a pris plus de temps que je n’imaginais ».

3 – Quand vous avez suffisamment transformé les jugements que vous vous portez, appliquer aussi aux jugements que vous portez sur les autres..


TESTEZ – et GOUTEZ le fait de voir les jugements disparaître petit à petit de vote vie. Et ainsi – renforcez votre immunité au jugement des autres que vous reconnaîtrez dorénavant comme le miroir des jugements qu’ils se portent à eux même...

CHALLENGE de Juillet

Nous vous proposons un super challenge sur 1 mois :
Etre attentif.ve aux jugements que je pose sur moi-même et les transmuter en faits !

Par exemple : « Je suis colérique - c’est nul » >> ABracadabra >> « J’ai crié ce soir quand Mathieu a renversé son verre d’eau par terre... »

Et venez partager avec nous vos jugements et leur transmutation sur notre groupe Facebook Les Ateliers Gordon.


A très vite,
Nathalie Reinhardt
Fondatrice de l’Association Les Ateliers Gordon
Voici les 10 questions que Carl Rogers nous pose :


1 – Puis-je arriver à être perçu par autrui comme digne de confiance, comme fiable et cohérent au sens le plus profond ?


2 – Puis-je m’exprimer de façon à communiquer sans ambiguïté l’image de la personne que je suis ?


3 – Puis-je éprouver des attitudes positives envers l’autre : chaleur, attention, affection, intérêt, respect ?


4 – Puis-je en tant que personne être assez fort pour être distinct de l’autre ?


5 – Suis-je assez sûr de moi pour permettre à l’autre d’être distinct ?


6 – Puis-je me permettre d’entrer complètement dans l’univers des sentiments d’autrui et de ses conceptions personnelles et les voir sous le même angle que lui ?


7 – Puis-je accepter toutes les facettes que me présente cette personne ?


8 – Puis-je agir avec assez de sensibilité dans cette relation pour que mon comportement ne soit pas perçu comme une menace ?


9 – Puis-je me libérer de la crainte d’être jugé par les autres ?


10 – Puis-je voir l’autre comme une personne en devenir ou vais-je être bloqué par son passé et par le mien ?


#EcouteActive #CarlRogers #ComprendreNosEnfants #LesAteliersGordon #ParentsEfficaces #EducationBienveillante

samedi 6 juin 2020

ÉMOTIONS, DE LA DIFFICULTÉ DE LES ÉCOUTER



By Catherine Dumonteil Kremer

Illustration de Lise Desportes

DIRE BIENVENUE AUX CRISES


« Ça y est, il va faire une crise… Tout le monde va se demander pourquoi je n'interviens pas, pourquoi je suis si laxiste avec lui… Et puis ça me rend dingue qu'il se mette dans des états pareils, il ne pourrait pas me demander calmement les choses ? »

Vous vous reconnaissez dans ce parent démuni face à la énième crise de rage de la semaine ou de la journée ? Cela peut être épuisant, décourageant. Que faire devant ces manifestations d'insatisfaction réitérées ?

De plus, elles peuvent se produire absolument partout : au parc, au supermarché, à la maison pendant un repas de famille…

Tout est possible pour un petit enfant qui n'est pas inhibé par la convention et ses usages et dont le cerveau n'est pas encore suffisamment mature pour différer l'expression de sa colère.


LES ÉMOTIONS, C'EST BON POUR LA SANTÉ !


Revenons tout d'abord sur un préjugé tenace : les émotions sont mauvaises, elles donnent une image très négative de celui qui les exprime, elles sont un signe évident de faiblesse et d'absence totale de maîtrise de soi.

Eh bien non, les émotions sont des alliées précieuses. Janov, entre autres, l'a démontré par son travail de thérapeute : il est bon de les évacuer, elles sont nos ressources naturelles pour guérir les souffrances.

Nos tensions s'évanouissent lorsque nous laissons vivre nos émotions. Et les enfants ne font pas exception à cette règle. L'émotion est une sorte de garde-fou dans un monde parfois hostile aux besoins des tout-petits, qui vivent quelquefois des journées en collectivité à un rythme trépident.

Les tensions s'accumulent alors… Et, en début de soirée, c'est le feu d'artifice émotionnel : ils se roulent par terre, crachent, hurlent, jettent des objets dans toutes les directions, donnent des coups de pied partout et nous ne comprenons pas ce qui nous vaut ce déluge. Mais ils sont simplement en train d'essayer de trouver des solutions en eux.

Et une fois les émotions sorties, ils sont à nouveau les petits êtres aimants, intelligents et coopératifs que nous connaissons.


JE N'ARRIVE PAS À ÉCOUTER MON ENFANT EN CRISE, QUE FAIRE ? 


Oui, mais que faire face à une émotion ? Toutes les émotions ne se ressemblent pas. Et, selon notre histoire personnelle, nous aurons plus ou moins de mal à les accepter.

En gros si nos parents nous frappaient ou nous punissaient lorsque nous nous mettions à pleurer, nous allons avoir énormément de mal avec les larmes.

Si la crise de rage était interdite, dévalorisée, si nous étions isolés systématiquement lorsque nous étions en colère, nous aurons beaucoup de difficultés à faire face à la fureur de nos enfants.

Qu'en est-il pour vous ? Comment vos parents réagissaient-ils ?

C'est une des premières questions intéressantes à se poser pour comprendre nos difficultés à écouter les émotions de nos enfants.

En voici une autre : depuis quand ne vous êtes-vous pas laissé aller complètement à pleurer, à sangloter même ? Comment pourriez-vous retrouver le chemin de vos propres émotions ?

C'est quand j'ai fait ma première crise de rage dans un groupe d'écoute des émotions, que j'ai compris de l'intérieur ce que vivaient mes enfants lorsqu'ils étaient dans cet état-là.

C'est en pleurant abondamment moi-même et en en expérimentant les effets bénéfiques que j'ai compris le processus de guérison à l'œuvre en moi et cela a totalement changé ma vision du monde.

L'effet le plus direct de ce travail, c'est que je me sentais à l'aise face aux pleurs, peurs et crise de rage de mes enfants. Je n'avais plus cette colère, ce découragement, cet agacement qui me dérangeait lorsque j'essayais de les écouter.

PRENEZ EN MAIN VOS ÉMOTIONS ! 

C'est le moment ou jamais, vos enfants vont vous y aider très indirectement, et cela peut vraiment faire évoluer votre façon d'être.

Vous pourriez donc consulter un thérapeute ouvert aux émotions, ou bien travailler au sein d'un groupe d'écoute, et/ou essayer les quelques astuces suivantes :

Hurler dans un coussin


C'est un truc qui a toujours bien fonctionné pour moi.
Le coussin amortit les sons et les pleurs ne sont pas loin derrière la rage.
Faites cela à l'abri des regards, cela pourrait effrayer vos enfants.

Pleurer devant un bon mélodrame


C'est un excellent truc, la prochaine fois que vous aurez envie de pleurer chez vous devant un DVD, sautez à pied joints sur l'occasion, allez-y ! Sanglotez et expérimentez ce que cela peut être de verser des larmes sans se sentir mal à l'aise.

De plus, vous résoudrez quelque chose en vous, même si vous ignorez quoi. Ce film vous fait pleurer parce qu'il fait écho à votre histoire, c'est très complexe de savoir à quoi vous réagissez, mais, ce qui est important, c'est que vous commencez à guérir.

Appelez une amie ou un ami


Choisissez un complice qui sait ce que vous souhaitez faire, qui vous écoutera pleurer ou vous mettre en colère sans vous juger et qui saura accueillir toutes vos émotions.

Ce sont des petits trucs d'urgentiste ! Il y a un travail de fond à faire, c'est certain, mais chacun sent quel est le bon moment pour l'accomplir et, en attendant, vous serez plus détendu et confiant lorsque vous écouterez les émotions de vos enfants.


ET AVEC VOS BAMBINS ? 


Vous les aiderez beaucoup en accueillant leurs décharges émotionnelles. Essayez de ne pas interrompre les larmes, mais soyez là, présent par un contact physique, un regard aimant.

Cela suffit parfois pour se sentir bienvenu dans ce que l'on traverse. Pour ce qui est de la crise de rage, c'est un peu la même chose, restez présent et veillez à ce que vos enfants ne se fassent pas mal.

Lorsqu'ils se roulent par terre, en cognant leur tête et leurs poings contre le sol, votre rôle consiste à mettre des coussins pour les protéger des chocs. Restez là, essayez d'être attentif à ce que vous ressentez afin de pouvoir travailler ultérieurement et, peu à peu, vous vous sentirez de mieux en mieux.

Et n'oubliez pas : il y a une manifestation d'émotion très efficace que nous aimons tous beaucoup vivre : le rire ! Il élimine les tensions en nous de façon radicale et, pour celle-ci, il n'y a qu'une option : se faire plaisir dans l'humour, la drôlerie, le chahut !


Catherine Dumonteil Kremer

dimanche 31 mai 2020

Un conseil de famille : pour quoi faire et comment ?


Un article des ateliers Gordon






Depuis 2011, nous avons mis en place un conseil en famille avec nos trois enfants, alors âgés de 7 ans 1/2, 6 ans, 3 ans 1/2. Nous avons tâtonné sur la façon dont nous souhaitions le mettre en oeuvre. Et il n'a cessé d'évoluer selon l'âge des enfants, selon les besoins de la famille.


Organiser un conseil de famille, pour quoi faire ? 

C'est un outil génial où les membres de la famille se réunissent pour faire participer les enfants à la vie de famille, comme prendre des décisions, expliquer des choix, tenir compte des suggestions,trouver ensemble des solutions aux difficultés (lors de situations problématiques ou de conflits...),renforcer les liens,favoriser l’autonomie des enfants...

Nous avons dès le départ posé un cadre de fonctionnement : 

  • J'écoute celui/celle qui parle jusqu'au bout, 
  • chacun-e parle à son tour (et peut choisir de ne pas s'exprimer), 
  • je ne me moque pas ;
  •  je cherche à comprendre ce qui se passe pour l'autre ; 
  • quand j'ai un problème, je parle en disant ''je'' ; 
  • je ne colporte pas ce qui est dit dans le conseil. 

Il y a un-e animateur-trice du conseil et une personne qui note les questionnements soulevés, les décisions prises.

Nous démarrons la plupart du temps notre conseil par un temps d'échanges de messages de révélation positifs et de messages-Je d'appréciation, que nous appelons les fleurs, avant d'aborder l'ordre du jour dont les points essentiels ont été généralement notés sur une feuille accrochée dans la cuisine. Ce sont des conflits à réaborder, des projets à propos desquels nous voudrions échanger... Parfois des conflits notés 4 jours avant n'ont plus la même importance en les relisant. Parfois, d'y repenser ça nous connecte à différentes émotions désagréables et c'est révélateur que le problème doit être réabordé.


Comment cela se passe-t-il plus concrètement ?


Nous revisitons la situation du point de vue de chacun, de son vécu (ce qui s'est passé, ce qu'il a ressenti, ses besoins). Chacun s'exprime à son tour. Et la personne cherche des solutions, nous pouvons faire des propositions. Quand il y a un conflit, le conseil permet qu'il y ait une médiation et recherche de solutions qui conviennent à chacun-e.

Nous confrontons parfois : "Je comprends que c'était difficile pour toi dans ce contexte." Nous gardons une marge de manœuvre au niveau du comportement même quand nous sommes furieux ou que nous avons très peur. "Que serait-il possible de faire d'autre ?", "Comment le vois-tu ?", "Comment chacun le voit ?" Nous convenons qu'une prochaine fois, nous nous entraînerons pour un autre comportement, noté sur le cahier du conseil pour faire trace. C'est responsabilisant et non culpabilisant.

Le conseil de famille laisse aussi la place pour présenter ses excuses à l'écrit ou à l'oral mais avec le cœur... Quand c'est un bon moment pour elle et pour l'autre, sans laisser passer le temps non plus.

Une réparation est possible : des valorisations écrites quand il y a eu une dévalorisation ou du temps passé pour l'autre personne comme lui apprendre quelque chose dont elle a besoin, créer une carte à son attention, cuisiner pour elle… Les valorisations peuvent être : "J'ai apprécié t'entendre jouer le morceau de musique hier soir" ; "j'aime jouer à des jeux avec toi" ; "j'apprécie le moment qu'on prend le soir pour se dire bonne nuit", "tu sais faire des gâteaux au chocolat" ; "tu sais t'occuper des animaux" ; "tu sais mettre une selle et un filet à un cheval", etc.

Ce n'est pas une démarche facile. Quand nous nous sentons en colère, nous pouvons être amené à penser que nous sommes dans notre bon droit. Ce qui est important et pédagogique c'est d'être attentif aux stratégies choisies. Même si la colère est adaptée, toutes les solutions envisagées ne le sont pas. Régulièrement, la colère est la partie visible mais en prenant le temps, il peut y avoir d'autres émotions comme la peur, la tristesse. C'est l'expression de ces émotions ''cachées'' qui va aider à retrouver de l'apaisement.

De nombreuses situations sont dénouées avec le temps de conseil en famille (un surnom donné qui ne plaît pas à l'autre, changer de chambre, une répartition de tâches du quotidien...). Cela permet un suivi des situations qui nous gênent, et c'est très rassurant : nous nous occupons du problème. Le conseil permet que des pistes soient explorées, cela ne veut pas dire trouver la meilleure solution, plutôt choisir une ou plusieurs solutions, les expérimenter, les réévaluer, les réajuster. C'est intéressant de demander en conseil : "qu'avons-nous appris de cette situation ?" Cela permet de prendre conscience des compétences affectives et sociales acquises lors de moments de tension, d'observer que le lien dans la famille se tisse également en dépassant ces moments-là, de façon constructive pour tous.


Quelle place pour les émotions dont la colère ?

Les émotions sont-elles écoutées, régulées, lors d'un conseil ou à chaud ou à un autre moment ? L'écoute active reste le moyen le plus efficace et le plus utilisé chez nous pour entendre le vécu de chacun, aller vers un apaisement et ouvrir un espace de communication y compris et surtout sur nos temps de conseil en famille.

  • Avec des enfants petits (moins de 5 ans), lors d'un fait perturbateur, nous avons utilisé le « STOP !» pour arrêter un comportement : par exemple, quand un enfant veut prendre des mains un jouet. Parfois, nous prenions l’enfant en colère dans nos bras pour éviter dans un premier temps que la situation ne se dégrade puis pour l'aider à exprimer son mécontentement, à s'apaiser, et enfin clarifier la situation. Nous étions attentifs à ce qu'il ne nous fasse pas mal en se débattant. S'il nous demandait de descendre des bras, nous restions proches et le posions. Il nous est arrivé de nous isoler avec l'enfant dans sa chambre ou dans la nôtre, nous posions l'enfant sur le lit et il pouvait se rouler de rage dessus, le temps que la tempête redescende. Parfois nous avons demandé à l'enfant de s'asseoir sur un coin de canapé proche de nous et attendre de se sentir moins fâché avant d'en discuter et d'en repartir. C'est lui qui nous disait quand il se sentait mieux. Nous avons évité d'isoler seuls de jeunes enfants car ils ont besoin d'aide pour tempérer leurs états émotionnels. 
  • Vers 5 ans, le conseil a permis de reparler de certaines situations et de réfléchir à quoi faire quand nous sommes en colère par exemple... Quoi faire pour nous sentir mieux, pour dire ce qui ne nous va pas sans me faire mal ni faire mal à l'autre. Quand un de nos enfants en particulier se sentait en colère et percevait qu'il allait dire ou faire quelque chose qui ne se faisait pas, il prenait de grandes feuilles à dessin, des pastels à disposition et gribouillait sa colère. Puis il froissait sa feuille en criant bien fort, en disant « Je suis très en colèèèrreeee ! » et jetait la feuille dans le poêle. C'était très efficace pour exprimer sa colère. Ensuite, nous pouvions en parler. Sur la petite enfance, nous avons aussi proposé un coussin dédié à la colère. Ils pouvaient le gribouiller avec des feutres prévus à cet effet, dire des gros mots, lui taper dessus. Ils adoraient. Ils se sentaient beaucoup mieux après et nous pouvions réaborder la situation.
  • Nous sommes convenu avec nos enfants plus grands, lors d'un conflit qui semble grandir (j'ai envie d'imposer ma solution, de crier plus fort que l'autre...), en l'absence d'un tiers médiateur possible disponible dans la maison, que chacun va dans sa chambre. Il est possible d'appeler quelqu'un au téléphone pour en parler ou simplement d'attendre le soir pour réaborder la situation ou encore d'attendre que chacun-e soit moins fâché-e (assez souvent réaborder une situation conflictuelle avec du recul et de l'humour suffit à désamorcer le conflit) ou de le noter pour le prochain conseil. Le conseil permet de réaborder dans un cadre sécurisant des situations sensibles, problématiques, qui se répètent.


Solliciter le conseil pour faire évoluer les règles de la maison ou proposer un projet

Par ailleurs, les enfants ont su solliciter le conseil pour faire évoluer les règles de la maison ou proposer un projet. Il peut être nécessaire que plusieurs conseils aient lieu avant qu'un changement ne soit convenu, un projet accepté. Chez nous, chaque enfant a eu de l'argent de poche tôt (50 centimes d'euro vers 5 ans et demi, dès lors qu'il savait compter jusqu'à cent en comprenant les quantités). Cet argent de poche n'était pas conditionné par un comportement, c'était un droit. L'enfant pouvait dépenser cet argent pour ce qu'il souhaitait pourvu que cela ne le mette pas en danger.

Un enfant a eu l'opportunité d'acheter un lapin pour 2 euros à un de ses amis qui en vendait sur le marché pour se faire de l'argent de poche avec l'aide de sa grand-mère. Ce projet ne nous plaisait pas au départ car les animaux impliquent des contraintes. Nous avons pris le temps d'y réfléchir et avons anticipé avec lui :

• Qui va s'en occuper ? Ce que signifie concrètement s'occuper d'un lapin...

• Dans quoi mettre le lapin ? (L'enfant a construit une cage en bois avec son grand-père et son oncle.)

• Nous étions d'accord pour acheter de la paille, du foin et du granulé.


Cela a soulevé un réel enthousiasme dans la fratrie et chaque enfant a pu avoir un lapin... Dès 3 ans pour notre plus jeune, offert par notre aîné... Il y a eu un nombre certain de conseils sur le soin aux lapins, une fois la période d'effervescence passée. Nous savions avant d'accepter que c'était difficile pour un enfant de s'occuper d'un animal sur la durée. Nous n'étions pas d'accord de revenir néanmoins sur ce point. Un enfant a créé un tableau hebdomadaire où chaque enfant s'occupait d'une seule chose à la fois pour l'ensemble des lapins. Il a été inventé pour résoudre un problème de lassitude. Et il a été modifié, amélioré avec les retours de chacun-e lors des conseils. Les enfants ont eu aussi 3 jokers par an pour qu'un adulte s'occupe des lapins à leur place. Le conseil a été l'occasion pendant plusieurs années de créer des ''jokers[1]'' . Chaque personne soumettait au conseil 10 jokers utilisables sur l'année : jouer 2 h ensemble, passer un moment seul-e avec papa, avec maman, avec mon frère, avec ma sœur, laisser deux mois un jeu de construction au salon, avoir un cadeau surprise, acheter un livre, ne pas préparer un repas dans la semaine... Ces jokers étaient en lien avec des besoins, permettaient d'identifier ceux en creux, de se donner une autorisation pour leur faire une place sans attirer l'attention, tomber malade...

Enfin, notre conseil en famille a permis de laisser le choix aux enfants de ne pas partir 6 mois au Québec, de ne pas partir 6 mois en voyage vélo. Ce fut un choix pensé ensemble. Nous avons accepté, leur père et moi, qu'au regard du lien aux amis, à la famille, aux animaux, et de leur joie au quotidien dans les activités qu'ils investissaient, ils puissent dire non à un voyage long.


En conclusion


Notre objectif de parent n'est pas de ''punir'', faire comprendre par la force - ce qui à notre avis est dommageable pour l'enfant, son développement, la relation et est particulièrement peu efficace à long terme - plutôt de stopper les comportements qui sortent du cadre fixé dans la maison, d'inventer de nouvelles façons de faire autres que les prises de pouvoir, par exemple quand nous ne sommes pas d'accord. Cela nous arrive de convenir que nous ne voyons pas les choses de la même façon. Parfois, nous informons que nous allons en reparler au conseil. Nous cherchons dans un premier temps à apaiser les tensions par l'écoute mutuelle, puis à réfléchir ensemble au problème et s'entendre sur un mode d'action. Nous savons qu'être acteurs à résoudre des situations permet aux enfants d'accroître leur confiance en leurs idées, en leurs compétences. Cela permet indéniablement un fort lien de confiance dans la famille, une belle autonomie chez nos jeunes. Et cela a été une forte motivation pour maintenir ces temps de conseil.

Stéphanie Puech, formatrice Gordon et sa famille.

http://epias-education.wixsite.com/parentingblog



Conseil de l'Europe, 1996 : « La participation des enfants à la vie familiale et sociale est essentielle pour garantir un développement harmonieux et les préparer à la vie dans une société libre.(...) Le fait d'écouter les enfants, de traiter les problèmes avec eux, d'accepter leur avis et aussi de leur expliquer pourquoi leurs idées ne sont pas toujours acceptées constitue un moyen important pour lancer une participation. Celle-ci devrait commencer tôt. »

[1]Librement inspiré du joker pour quitter ludiquement la passivité ou joker pour ma santé pour aider les enfants à gérer leur stress de M.J. Dursent Bini