Affichage des articles dont le libellé est développement de l'enfant. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est développement de l'enfant. Afficher tous les articles

mercredi 1 février 2023

Comprendre et accompagner les émotions de l’enfant

Article de Delphine Leca, psychologue et psychothérapeute

Développement cérébral:

Pour mieux comprendre et accompagner les enfants dans la gestion de leurs émotions, il me semble essentiel de connaitre la façon dont se développent les différentes formes de compétences dans le cerveau humain:

– De façon très schématique, on peut dire que celui-ci se divise en trois grandes zones –



– LE CERVEAU REPTILIEN (Cervelet) correspond à la partie archaïque du cerveau, situé à l’arrière du crâne, il permet toutes les fonctions vitales primaires (respirations, pression artérielle, rythme cardiaque, coordination, équilibre, sommeil…) et déclenche, face au danger des réactions physiques instinctives, impulsives (instinct de survie) et des réflexes d’attaques ou de fuites → Cette partie du cerveau est mature dès la naissance

– LE CERVEAU LIMBIQUE (ou cerveau émotionnel) permet la reconnaissance et l’évaluation de la valence émotionnelle, il a également une fonction essentielle dans la mémoire et les apprentissages. Il joue un rôle de régulation des instincts primitifs de survie, engendrés par le cerveau reptilien → il grandit essentiellement entre le 15 eme mois et les 4/5 ans de l’enfant, bien connecté vers 6/7 ans, et réellement mature qu’aux alentours de 15 ans.

– LE CERVEAU SUPERIEUR (ou néocortex) enveloppe le cervelet et le cerveau limbique et participe aux fonctions cognitives dites « supérieures »: conscience, langage, capacités d’apprentissage, perceptions sensorielles, commandes motrices volontaires, présence dans l’espace. Il se divise en quatre lobes: frontal, pariétal, temporal et occipital.

Le lobe frontal est particulièrement développé chez l’humain, il nous différencie des grands singes, en nous rendant « intelligent ». Il permet réflexion, raisonnement, créativité, imagination, résolution de problèmes, planification, conscience de soi, empathie. Il participe au contrôle rationnel des émotions en les réévaluant et en les tempérant → Celui ci ne sera vraiment mature qu’aux alentours de 25 ans.

Et oui, ne jamais perdre de vue que l’enfant n’est pas un adulte en réduction mais bien un être en construction, « les structures et les réseaux cérébraux [de son cerveau ne sont donc] pas encore suffisamment fonctionnels ». Son cerveau est alors « fragile, malléable, vulnérable et immature ». 

C’est pourquoi, ce que nous interprétons souvent comme des caprices ou des troubles du développement pathologiques chez les enfants sont en fait la conséquence de l’immaturité de leur cerveau. L’enfant se retrouve régulièrement en proie à de véritables « tempêtes émotionnelles » qui le submergent et qui donnent lieu à des comportements impulsifs/réflexes initiés par le cervelet (cerveau reptilien/archaïque) seule partie mature de son cerveau.

Ce n’est que vers l’âge de « 5/6 ans, [que] l’enfant commence donc à contrôler un peu mieux ses émotions négatives, à comprendre leurs causes et à savoir les surmonter » … (C. Gueguen)


Lorsque l’enfant n’est pas consolé, rassuré, pris en compte dans son émotion, son cerveau va sécréter de façon excessive des molécules de stress (cortisol, adrenaline…) extrêmement toxiques pour son cerveau en développement. C’est pourquoi, il est particulièrement important de faire preuve d’empathie. Envers soi même d’abord (sentir et comprendre nos propres émotions) et envers son enfant (entendre, ressentir, comprendre ses émotions):
  • Exprimer ses émotions est toujours bénéfiques (exprimer ses émotions négatives contribue à apaiser la sécrétion de molécules de stress, par l’amygdale cérébrale, qui est le centre de la peur)
  • Exprimer ses propres émotions devant son enfant
  • Aider l’enfant à exprimer ses émotions et à les reconnaitre
"Consoler un enfant ‘chamboulé’ participe à la maturation de son cerveau « … (C. Gueguen)


Plasticité cérébrale: 


On sait aujourd’hui que le développement du cerveau (qui est plastique) évolue, se modifie en fonction des expériences vécues par le sujet et ce de façon particulièrement accrue pendant les 6/7 premières années de vie. On a pu découvrir, très récemment que l’expression des gènes était elle-même influencée par l’environnement (l’ensemble de nos comportements quotidiens), c’est ce que l’on appelle l’épigénétique.

C’est la raison pour laquelle il est essentiel de favoriser les bonnes expériences relationnelles dans les premières années de vie de l’enfant pour lui permettre de développer « une intelligence émotionnelle et sociale » et pour lui éviter « des perturbations physiologiques cérébrales et même structurelles, qui lorsqu’elles sont installées, sont souvent à la base de difficultés affectives durant l’enfance, l’adolescence et à l’âge adulte » * (C. Gueguen)

Lorsque l’enfant n’est pas reconnu dans ses émotions, qu’on lui interdit de les exprimer, il va se couper de celles-ci , se « déconnecter » de ses ressentis pour éviter de souffrir. Il risque alors de ne pas développer de façon satisfaisante les connexions cérébrales nécessaires à la maîtrise de ses émotions.

 En grandissant, il risque alors de rencontrer des difficultés à « comprendre et maitriser ses émotions », d’être « sujet à des crises d’angoisses, d’agressivité ou de dépression », d’être « incapable de lier des liens d’affections » satisfaisant, d’être « incapable d’éprouver de la compassion pour autrui »…

[Une étude de 2011 proposé par Emil Coccaro, professeur de psychiatrie à l’université de Chicago a clairement mis en évidence un lien entre adultes violents et cortex préfrontal hypoactif ] .

La répétition de l’activation des bons, ou des mauvais circuits cérébraux va alors avoir un effet vertueux, ou vicieux sur le développement de l’enfant…

Qu’appelle t-on « émotions »:


Il s’agit d’abord d’une manifestation interne qui va ensuite générer une réaction extérieure automatique. Les émotions primaires ou émotions de base sont la joie, la peur, la colère, la tristesse, la surprise et le dégoût. Ces émotions permettent de nous renseigner sur notre état et de nous guider vers la satisfaction de nos propres besoins. Elles ont aussi une fonction de signal social en nous permettant de communiquer aux autres notre état intérieur.

Les émotions « désagréables » sont souvent dévalorisées, vécues à tord comme des faiblesses ou des obstacles par rapport à la raison. Or, sans émotions nous ne pouvons pas fonctionner: nos décisions ne sont jamais entièrement rationnelles mais toujours orientées, dictées par nos émotions (même si nous n’en avons pas toujours conscience).

D’autre part, il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises émotions: les émotions sont toujours légitimes et indispensables (ex: la peur va nous informer d’un danger, le cerveau va alors sécréter des hormones de stress cortisol, adrénaline ce qui va nous permettre d’accroitre notre niveau de vigilance, de courir plus vite… )

En outre, sans émotions: l’art n’existerait pas (littérature, musique, peinture…) et les apprentissages seraient inopérants…

Comment accompagner l’enfant dans ses émotions?


Le but n’est pas de stopper la crise émotionnelle mais de l’accompagner. Toutes les colères sont légitimes, elles ne sont jamais volontaires ni préméditées (l’enfant ne fait pas une colère, il est en colère). Il est important que l’émotion puisse s’exprimer, être reconnue et acceptée par l’adulte. L’enfant a parfaitement le droit d’être en colère, d’avoir peur, d’être triste…

C’est en apprenant à nos enfants à vivre avec leurs émotions (et non à les réprimer) que nous leur permettons de développer leur intelligence émotionnelle, qui correspond à « l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres » (Mayer & Salovey, 1997).

CE QU’IL FAUT ÉVITER: (inefficace et contre-productif: aggrave l’intensité de l’émotion et génère une libération excessive de molécules de stress)

  • Nier l’émotion ou la minimiser
  • Culpabiliser: « tu n’as pas à être en colère! » « ce sont les bébés qui pleurent pour ça… »
  • Donner des conseils ou faire la morale
  • Contagion émotionnelle: répondre à la colère par la colère (petit problème de cohérence…)

CE QU’IL FAUT PRIVILÉGIER
:

  • Se connecter à l’émotion: il s’agit d’abord de se brancher, se connecter à l’émotion de l’enfant sans en avoir peur et sans la prendre pour la nôtre: dans le contact mais en silence.
  • Pratiquer le « reflet émotionnel »: puis poser des mots en reflétant l’émotion que vit l’enfant: « je vois que tu es colère et que c’est compliqué pour toi. Je comprends que ce soit frustrant de devoir attendre ton tour… » 
  • Eviter tout jugement ou commentaire.
  • Proposer des outils: pour créer une médiation entre l’enfant et son émotion, pour lui permettre de mettre un peu de distance entre l’émotion et sa réaction:

– Le coin à émotions: un gros pouf (type poire) pour permettre à l’enfant de se lover dedans pour retrouver une certaine unité, contenance ; une table et chaise avec des feuilles à disposition pour que l’enfant puisse exprimer son émotion à travers le dessin (dessin de la colère) …

– Le sac à émotions: pour permettre à l’enfant d’y déposer symboliquement sa colère/tristesse au moyen de petits objets symboliques représentant chaque émotion et préalablement réalisé ou du moins investi par l’enfant.

– Le sac à cris: proposer à l’enfant de crier devant un petit « sac à cris » pour y mettre sa colère et l’aider à contrôler ses cris. Il a le droit de crier, mais on lui propose une autre façon de le faire en redirigent ses cris, sa colère « dans » le sac. Cela peut aussi s’envisager avec « une cabane à cris »un lieu préalablement choisi avec l’enfant, dans lequel il est libre de crier comme il le souhaite…

– Les plumes ou la paille: l’interêt est de permettre à l’enfant de souffler pour l’aider à mieux respirer. La respiration lui permettant de s’apaiser. Il s’agira soit de souffler sur des plumes, soit de souffler dans une paille plongée dans un verre d’eau… (ex: pour les plumes: on peut proposer à l’enfant de créer un « bonhomme en colère » qu’il pourra nommer du nom de son choix avec une boule de polystyrène, un visage mécontent dessiné dessus et des plumes plantées au sommet de la tête, et dont il pourra se servir librement lors de ses colères)

– Le coussin de colère: l’enfant a le droit de le taper, de le mordre, de le jeter… pour évacuer ce tsunami émotionnel qui le submerge.

– Le punching-ball: sur le même principe que le coussin, il va permettre à l’enfant de décharger ses tensions. On lui indique qu’il a le droit de taper (mais seulement sur le punching ball).

– La balle anti-stress DIY: même objectif, elle permet à l’enfant de la serrer très fort, de diriger toute sa colère sur cette balle. (Très simple à réaliser à l’aide de 2 ballons de baudruche et un peu de riz: on découpe l’extrémité des ballons/on forme une boule de riz que l’on enferme dans un petit sac de congélation/on insère le sac de riz dans le premier ballon que l’on recouvre ensuite par le second. Il ne reste plus qu’à dessiner une tête en colère)

Pour les enfants un peu plus âgés, on peut leur proposer des outils pour leur permettre davantage d’identifier et de nommer leurs émotions et leurs sentiments:

– les cartes des émotions

– les visages des sentiments

– la boussole des émotions

Enfin, une méthode fabuleuse pour aider les enfants à vivre avec leurs émotions et à apprendre à les accepter et à mieux les maitriser: LA MEDITATION. Un super ouvrage: « calme et attentif comme une grenouille ».

→ Il est possible d’inventer et de réaliser toute sorte d’outils avec les enfants, ensuite, à chacun de trouver celui ou ceux qui conviendront le mieux …

* NB: Rassurez-vous, par le fait même de cette plasticité cérébrale, il est possible de corriger par la suite d’éventuelles carences ou difficultés rencontrées dans la petite enfance, si celles-ci n’ont pas été trop importantes et n’ont pas duré trop longtemps. Rien n’est figé, le cerveau est un organe plastique, modifiable jusqu’à la fin de nos jours…


  • « Pour une enfance heureuse », C. Gueguen, Ed. Robert Laffont (désormais disponible en format de poche)
  • Conférences proposées par C. Gueguen: « enfant et apprentissage »;  « Empathie et neurosciences affectives et sociales »; « Pour une parentalité sans violence »; « Ce que nous apprenne les recherches en neurosciences sur le développement émotionnel et affectif de l’enfant ». 

Photo d’illustration trouvé sur le site « parentstakecharge.com »

mercredi 2 décembre 2020

Ecran en veille, Enfant en éveil

un article des ateliers Gordon

 https://www.lesateliersgordon.org/post/ecran-en-veille-enfant-en-éveil

Blog Comme en Famille

Les écrans, leur utilisation, le temps passé à les regarder, l'âge des enfants sont des indicateurs qui sont surveillés de près par les scientifiques et qui nous préoccupent en tant que parents. En même temps les écrans font partie intégrante de notre quotidien et peuvent aussi être des alliés dans la dynamique familiale.


Pas simple de s'y retrouver... Comment trouver le bon équilibre tout en gardant une harmonie au sein de la famille ?

A travers cet article nous allons répondre à 5 questions que nous nous posons fréquemment :
Quels sont les impacts sur la santé ?
Quel écran pour quel âge ?
Combien de temps d'utilisation et quelles précautions ?
Comment gérer les écrans au quotidien ?
Et les parents, on en parle ?

Et retrouvez également à la fin de l'article, une conférence vidéo faite par Clarence Henry-Delhumeau, formatrice Gordon.


1 - Quels sont les impacts sur la santé ?







2 - Quels écrans pour quel âge ?





3 - Combien de temps peut-on laisser nos enfants regarder les écrans et quelles précautions ?









4 - Comment gérer les écrans au quotidien ?

a. Les quatre points essentiels :

  • Pas d'écrans le matin. Ils perturbent l'attention de nos enfants.
  • Pas d'écrans durant les repas. Profitons des repas pour partager en famille.
  • Pas d'écrans avant de s'endormir. La lumière bleue retarde l'endormissement.
  • Pas d'écrans dans la chambre. Gardons le contrôle sur la durée et le contenu.

b. Impliquer nos enfants dès que possible

Aujourd'hui les écrans font partie intégrante de nos quotidiens. L'importance de limiter leur utilisation n'est plus à démontrer. L'enjeu en tant que parent est alors de sensibiliser nos enfants au danger que les écrans représentent et qu'ils puissent être acteurs de leur consommation. Il est important de sortir de la lutte de pouvoir qui ne va susciter qu'incompréhension et donc comportements déviants.

Comment rendre nos enfants acteurs?


Prendre un temps d'échange en famille prévu et décidé en avance afin d'établir les règles d'utilisation des écrans pour chaque membre de la famille.


Vous pouvez montrer aux enfants les affiches de cet article.
Voici également un tableau permettant aux enfants de noter le temps passé aux diverses activités.

c. Développer d'autres activités à faire en solo ou à partager.

Rappelons-nous que lorsque l’enfant utilise un écran, son cerveau ressent beaucoup de plaisir et se focalise sur l’objet qui apporte ce plaisir. L’enfant a donc besoin de nous pour lui rappeler, habilement, la joie qu’il éprouve également pour les autres activités qu’il a oubliées momentanément. Cet outil va nous aider à négocier avec nos enfants le partage de son temps entre toutes les possibilités qui sont à sa portée : sports, jeux de plein air, amis, musique etc.


5 - Et les parents, on en parle?


Les Ateliers Gordon, comme d’autres acteurs de la Parentalité, veulent aujourd’hui lancer un cri d’alarme sur la place prise par ces objets dans nos vies de PARENTS, au détriment parfois de la relation et de la communication avec NOS ENFANTS.

Parce que l’on sait l’importance du lien avec son enfant : le regarder, lui parler, le toucher, être juste en connexion avec lui pour nourrir ses besoins de sécurité, de lien et d’affection. Parce qu’un enfant a BESOIN de ces signes de reconnaissance, d’être dans l’interaction. Parce que les neurosciences démontrent que le cerveau de l’enfant se développe de façon plus favorable lorsqu’un climat d’empathie et d’attention lui est donné.



Rappelons que la communication, englobe tous ces temps d’échanges verbaux et non verbaux, des regards, des gestes, un sourire, une attention à l’enfant.

Et qu’il a besoin de cela pour SE CONSTRUIRE et BIEN GRANDIR !

Lire l'article.


Pour aller plus loin...

SITES INTERNET


Lâche ton écran : www.lachetonecranasso.fr
Mon enfant et les écrans : cliquez ici
Le bon usage des écrans : lebonusagedesecrans.fr Vous y trouverez des quizz pour tester vos connaissances sur les écrans.


VIDEOS


Emission "Générations écrans, génération malade?" diffusé sur Arte - 52 minutes.
Intervention dans La maison des maternelles du Dr Duccanda " Les dangers des écrans pour les jeunes enfants" - 7 minutes
Intervention dans La maison des maternelle du Dr Duccanda "Tout-petits : alerte aux écrans!" - 7'
Intervention de Michaël Stora "Faire des écrans nos alliés dans la dynamique familiale" - 6'42


PODCAST


Emission de France Inter le Code a changé : "Sommes-nous vraiment en train de créer des crétins digitaux?" 47'


BIBLIOGRAPHIE

Vous trouverez dans cette bibliographie trois thématiques :

- les écrans et leurs conséquences.

- des idées d'alternatives aux écrans.

- sensibiliser les enfants et les ados.





jeudi 3 septembre 2020

Comprendre les racines de la violence éducative ordinaire et ses conséquences : un pré-requis pour des relations bientraitantes

sur le site :  https://apprendreaeduquer.fr/


conséquence violence éducative théorie de l'attachement



Je vous propose un nouveau format d’article sur le blog. Il s’agit d’interviews menées par Ingrid van den Peereboom, animatrice de l’émission radio Vers une parentalité bienveillante sur RCF et spécialiste du portage physiologique. Ses interviews donneront la parole à des penseurs et des penseuses de l’accompagnement respectueux des enfants qui aborderont des thèmes peu évoqués par ailleurs.

Aujourd’hui, Ingrid s’entretient avec Jean-Pierre Thielland. Ce dernier a été instituteur, puis enseignant spécialisé en Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED). Il a ensuite exercé les fonctions de psychopédagogue en Centre Médico-psycho-pédagogique ou CMPP. Président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, Jean-Pierre Thielland aborde l’attachement et la violence éducative ordinaire dans son livre intitulé Je peux la taper… elle est de ma famille – Attachement et violence éducative ordinaire, un livre paru en 2019 aux éditions l’Instant Présent.

En France, plus de 80% des enfants sont soumis à des punitions corporelles, des humiliations ou des violences psychologiques sous forme de punitions ou sanctions diverses. La tolérance à l’égard de ces pratiques et l’absence de politique de prévention à l’échelle nationale ont un impact très lourd sur l’état de santé psychique de nombreux enfants et adolescents.

Dans son livre, Jean-Pierre Thielland évoque divers accompagnements d’enfants. Son récit est émaillé de multiples références simples et claires, très utiles à la compréhension, sur la théorie de l’attachement développée par John Bowlby, puis à sa suite Mary Ainsworth. Il a accepté de répondre à quelques questions à ce sujet, en complément de l’émission radio diffusée le 19 mai 2020 sur RCF.


Jean-Pierre Thielland, en s’appuyant sur l’éthologie, Bowlby remet en cause les principes freudiens. En quoi cela nous aide-t-il dans l’accompagnement des enfants ?

Ce sur quoi insiste énormément Bowlby, c’est l’interaction. C’est-à-dire que pour le bébé ou l’enfant, être nourri n’est pas la chose la plus essentielle pour lui assurer un développement affectif sécure et satisfaisant. Ce qui est très important, c’est le côté relationnel entre ce bébé, cet enfant et sa figure d’attachement. Et c’est quelque chose qui fonctionne dans les deux sens : la figure d’attachement apporte de la sécurité au bébé de par son acceptation, son accueil inconditionnel et, en même, temps, le bébé, par ses manifestations, – ça peut être des pleurs, ça peut être un sourire, un appel du regard -, va faire résonner, faire vivre en fait, chez la mère ou chez le père, cette attention. Il va éveiller l’attachement du parent à son égard. L’enfant mobilise des affects qui vont faire en sorte que le parent va s’approcher et répondre à sa demande.

Bowlby a souligné l’importance de cette dimension interactive innée, contrairement à la théorie freudienne qui plaçait au premier plan le nourrissage du bébé. Freud n’a pas insisté comme Bowlby sur la primauté accordée par le bébé à la relation, à la qualité du lien avec la figure d’attachement et à l’importance de cet aspect interactif de la relation.



Vous évoquez un petit Alexandre qui intériorise l’idée que c’est parce qu’il fait des bêtises qu’il est frappé et puni. Il justifie ce qu’on lui fait et donne un sens à son vécu pour comprendre le monde. 

Oui, et aussi pour avoir une place. Un jeune enfant ne peut pas imaginer que son parent est en train de lui faire violence et de le maltraiter. C’est impossible. La théorie de l’attachement nous dit justement que, pour un enfant, c’est extrêmement important qu’il identifie son père ou sa mère comme des personnes sécures sur qui il peut compter. Et que lorsque son attitude, quelle qu’elle soit, va déclencher chez son parent une réponse qui sera insécurisante pour lui, il va organiser son fonctionnement pour que ça n’arrive plus ou le moins souvent possible. Donc il va faire en sorte de ne pas susciter de manifestation de réprobation chez son parent. C’est une première chose.

Et puis, pour que ça ait du sens pour lui, il va se servir du phénomène du déni pour justifier ce comportement, faire sens de ce comportement, en intériorisant l’idée que c’est de sa faute. Le déni lui permet de conserver une représentation acceptable de son parent. Et c’est lui qui provoque, par son comportement, les manifestations effrayantes et violentes de son parent. Et bien souvent, il y est invité par les paroles des parents, qui peuvent dire à l’enfant qu’il les pousse à bout, qu’il exagère, qu’il est insupportable, qu’on ne peut rien faire de lui, toutes ces expressions qu’on peut entendre chez les parents qui leur permettent pour eux-mêmes aussi de justifier leur propre violence. Et ça va aussi dans les deux sens, c’est-à-dire que ça va inciter l’enfant à endosser la responsabilité de la violence qui lui est infligée. C’est extrêmement pervers, mais c’est vraiment très important à identifier.

Ce système de maltraitance, de violence devient presque un système qui s’auto-alimente, à la fois du côté du parent et à la fois du côté de l’enfant. S’il n’y a pas une personne dans l’entourage de l’enfant qui peut lui faire sentir, qui peut même lui faire comprendre que ce qui se passe n’est pas normal, il va s’identifier à ce comportement. Il va en faire un signe pour lui d’appartenance et d’identification à sa famille. Il va accueillir ce mode relationnel basé sur la violence et en faire une composante de sa personnalité. À l’école, s’il rencontre un garçon qui fonctionne plus dans l’empathie ou qui réagit différemment de lui, ça peut susciter en lui de l’agression. Ça le remet en face de ce qu’il vit et de ce qu’il a élaboré comme fonctionnement plutôt du côté d’une réponse violente. Et constater qu’un enfant réagit différemment, dans la cour de récréation par exemple, ça peut susciter chez lui de la violence. Ça peut le pousser à être agressif avec cet enfant qui n’est pas sur le même fonctionnement que lui. C’est une reproduction de la violence du parent, qui lui-même reproduit la violence qu’il a subie quand il était enfant.


Pour sortir de ce système, il est nécessaire de passer par de nombreuses prises de conscience. 

Oui. C’est très important et c’est très difficile. J’entends la prise de conscience au sens où l’entend Alice Miller, c’est-à-dire une prise de conscience qui soit émotionnelle, pas uniquement intellectuelle. Ce qui est important pour un adulte quand il devient parent, c’est d’avoir cette possibilité d’identifier ce qu’il a vécu, lui, en tant qu’enfant comme étant potentiellement maltraitant, qu’il puisse avoir un espace, une rencontre avec quelqu’un où il va pouvoir à la fois verbaliser ce qui lui est arrivé – pouvoir décrire la situation de manière factuelle, pouvoir essayer d’identifier les différentes personnes – d’une part et surtout de pouvoir, autant qu’il peut, récupérer un certain nombre des émotions et des sensations qu’il a ressenties, ce que ça lui a fait à ce moment-là dans la situation de violence qu’il a subie. Il s’agit pour lui de se réapproprier quelque chose qu’il n’a pas pu exprimer à ce moment-là et de pouvoir le partager avec quelqu’un. Ça peut être un thérapeute, mais aussi quelqu’un de proche, un ami… Et du coup, ce vécu de violence, avec les émotions et la souffrance qui s’en est suivie, peut occuper une autre place.

La personne n’est plus agie par cette violence, mais elle en a un souvenir, une mémoire autobiographique. Ceci signifie : je peux resituer ce qui m’est arrivé dans ma mémoire, je peux en parler, je sais que ça m’est arrivé, je sais que ça n’était pas normal, je sais que j’ai souffert et je sais aussi que je n’ai pas envie de refaire la même chose avec mon enfant. Donc cette nouvelle mémoire, cette histoire qui est intégrée à ma personne, dans ma mémoire psychique, dans ma mémoire émotionnelle, voire même dans ma mémoire corporelle, elle devient un repère pour moi. Quand je vais être à mon tour parent et que l’attitude de mon enfant va allumer cette violence, je saurai l’identifier pour ce qu’elle est, c’est-à-dire ce qui m’est arrivé et que j’ai en moi de douloureux, de violent éventuellement. Mais je ne vais pas l’adresser à mon enfant d’une manière immédiate et violente. Je vais avoir un réflexe, une lumière qui va s’allumer pour dire : Ah oui là, attention ! Il y a une fragilité. Je fais attention à ce que je vais faire avec mon enfant. Ça permet de ne plus être l’objet de sa propre violence et de ne pas la reproduire.

Pour moi, c’est une façon à la fois indispensable de sortir du phénomène du déni, qui a eu son utilité à un moment donné dans l’enfance, mais qui devient un empêchement à rejoindre son enfant si on devient un jour parent. C’est l’essentiel à mes yeux pour permettre de sortir de cette reproduction de la violence. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup lu les livres d’Alice Miller, qui m’ont énormément aidé, parce que derrière les mots d’Alice Miller, il y a une résonance émotionnelle. Son écriture a cette particularité de nous mettre en lien avec nos émotions, avec notre histoire et il peut y avoir un véritable travail : c’est presque une écriture thérapeutique. Ses livres nous permettent justement de nous remettre en lien avec cette histoire passée et d’y trouver un sens qui nous rapproche de notre enfant maltraité, notre enfant intérieur et qui, du coup, va nous aider à nous mettre en lien avec notre propre enfant si un jour on est parent. Le processus de lecture peut aider à cette prise de conscience. J’aime beaucoup le cinéma et il y a aussi des films qui sont importants. Il y a un très beau film américain intitulé La nuit du chasseur, de Charles Laughton, sorti en 1955, où on a justement à la fois la cécité émotionnelle des adultes proches des enfants, le prédateur et le témoin secourable et la capacité des enfants à trouver de l’aide. Il y a évidemment le film de Michael Haneke, plus récent, sorti en 2009, intitulé Le ruban blanc, qui montre bien aussi le processus de répétition de la violence. Donc c’est important de pouvoir se saisir sur sa route de témoin lucide, de tuteur de résilience, comme le dit Boris Cyrulnik, pour pouvoir sortir de cet enchaînement, de cette répétition. 



Que fait ce témoin secourable ? Il apporte un regard ? Il verbalise des choses essentielles ? 

Il offre une sensibilité et une écoute sensible. Il va avoir une attitude qui va permettre que la parole de celui qui s’exprime puisse se déployer dans sa totalité. Il ne va pas juger. Il ne va pas forcément donner de conseils non plus. Il va essayer d’ouvrir des pistes pour que le maximum d’émotions puissent avoir une place, s’exprimer dans toute leur richesse et en toute liberté. Cet espace est important, que représente le témoin secourable. Ça peut être de la parole et, avec les enfants, ça peut être le jeu. Dans le livre, je montre bien comment cette petite fille s’empare de tout son imaginaire, sa créativité pour raconter et revisiter des histoires qui lui sont arrivées, avec des émotions, avec du corps. Avec les enfants, c’est possible de faire ça. Avec un adulte, ça sera peut-être au niveau de la parole et aussi des émotions, l’expression, des larmes, peut-être aussi la colère. Donc c’est vraiment ce rôle du témoin secourable qui ouvre la porte aux émotions, à l’histoire passée, en offrant sa capacité d’écoute et tout ce que peut avoir vécu un enfant dans son histoire. Et ça peut être absolument terrible. On ne va pas minimiser non plus, dans l’idée que ça pourrait être rassurant. On ne va pas chercher non plus à rassurer l’autre, mais être disponible à tout ce que la personne a à exprimer de sa souffrance et de son histoire. Pour moi, ça serait vraiment ça, les qualités d’un témoin secourable, d’un témoin lucide.



Vous évoquez la délicate situation de l’accompagnement d’une petite fille dont on vient de parler. Vous manifestez que la mère refuse de s’impliquer autant que vous lui en donnez la possibilité. 

Oui. Je dis qu’en fait, elle n’arrive pas à changer des choses dans son comportement, dans sa posture de mère autoritaire et violente. Elle ne veut pas du tout ni interroger la légitimité de cette attitude, bien-sûr, et en plus, surtout, ne pas non plus y apporter un changement. Mais ça, c’est ce qu’elle dit. Et je ne sais pas si le fait que je lui donne des informations sur ce que je pense être nocif et contre-productif dans son attitude dans sa manière “d’accompagner” sa fille quand il y a des devoirs à faire à la maison est opérant. Elle entend des choses. Après, je ne sais pas ce qui se passe en elle, comment ça peut travailler. En tous cas, je lui délivre des informations sur ce que je pense être nocif dans son attitude. En ma présence et avec moi, il n’y a pas vraiment de dialogue. Elle reste sur ses positions.

Vous n’avez pas le même objectif, en fait. Elle veut de la réussite scolaire et vous cherchez le bien-être de la petite fille d’un point de vue global.

Oui. Mais je pense que la réussite scolaire, ça procure du bien-être à la petite fille aussi, malgré tout. C’est comme ça pour elle. Elle va à l’école. Elle n’a pas le choix. Ses parents ont décidé qu’elle allait à l’école. Et donc, cette petite fille fait avec ça. Si ça se passe bien à l’école pour elle, ça va lui apporter du bien-être. Je suis aussi dans cet objectif, même si ce n’est pas l’essentiel, même si je pense que ça viendra de toute façon si cette enfant arrive à pouvoir s’ouvrir, être en lien avec elle-même et exprimer tout ce qu’elle est, tout ce potentiel dont elle dispose, qui est extrêmement riche et qui ne soit pas victime de la répression du côté de sa famille, du côté de sa mère. De ce côté, mon inquiétude était en fait ce comportement de passage à l’acte. Au CMPP (Centre médico-psycho-pédagogique), il arrivait quand-même parfois que les familles ne viennent plus et j’avais un peu l’inquiétude que cette mère interrompe l’accompagnement. J’ai (quand-même) aussi travaillé cette peur en moi et donc sans doute que je n’ai pas été trop insistant sur une collaboration, un engagement plus soutenu de la part des parents. C’est toute la dynamique de ses propres peurs quand on est un clinicien : comment on fait avec ça ? J’en parle un petit peu dans le livre quand cette mère me dit : moi, j’ai été élevée comme ça et que je n’en fais rien. Je la laisse avec cette affirmation, comme si elle présentait une porte fermée et qu’il ne fallait pas franchir cette porte. Ça risquait de la fragiliser, de la mettre en difficulté et qu’elle claque la porte, du coup. Et donc, je ne suis pas allé investiguer là-dessus. Je suis resté comme ça parce qu’il y avait en moi une inquiétude que cette mère arrête tout en disant Ça sert à rien, le CMPP, et donc moi je veux lui faire faire – comme elle faisait – du travail scolaire en plus. Elle s’est quand-même un peu engagée. Elle n’est pas venue à tous les rendez-vous, mais elle est quand-même venue. Elle a accepté mon projet affirmé de travailler sur la confiance en soi, sur l’expression des émotions. Ce sont des choses qui ont été dites. Même si ça ne correspondait clairement pas à ses attentes, elle a quand-même accepté que sa fille vienne voir un psycho-pédagogue une fois par semaine pour l’amélioration pour elle du travail scolaire. Tout cela est assez subtil. Et ce qui est remarquable dans cette situation, – parce que ce n’est pas fréquent – , c’est que je trouve que cette petite fille a réussi à faire bouger des choses dans sa famille. Des choses ont bougé. Cette fameuse histoire de cette sœur dont il était interdit de parler, avec qui elle ne pouvait plus avoir de contacts, ce sont des choses qui ont évolué, justement, au cours du processus de soin et aussi à la fin. Cette petite fille a peu à peu construit cette assurance au travers d’une légitimation dans l’espace de soin de ce qu’elle avait à dire, des émotions qu’elle avait à exprimer, de ses plaintes, de ses reproches. Tout cela a pu se déployer et être accueilli. Ça lui a permis de se construire des repères internes sécures et de pouvoir sans doute affronter des choses qu’elle n’était peut-être pas en capacité d’affronter à un moment donné, trop submergée par les reproches qu’elle était en difficulté scolaire, qu’elle ne travaillait pas assez, etc. Tout cela a été complètement remis à une autre place : elle a pu se rendre compte d’une part qu’elle était véritablement compétente pour apprendre à lire, – ce qui était bien entendu évident – et, du coup, ouvrir la place pour tous les autres aspects de sa personnalité : la créativité, la possibilité de pouvoir exprimer ce qui la préoccupait, voire aussi les reproches qu’elle pouvait faire concernant la manière dont ses parents se comportaient.




Vous évoquez dans votre livre Mary Ainsworth, qui observe trois types d’attachements et qui établit une classification. Elle observe des bébés à l’attachement insécure, ambivalent pour un premier groupe, évitant pour le deuxième groupe et sécure pour le troisième. Dans quelle mesure cette grille d’analyse vous aide-t-elle lorsque vous accompagnez un enfant en difficulté ? Et par exemple dans l’histoire de cette petite fille ?

Elle n’était pas dans l’évitement. Ce n’était pas une petite fille qui ne demandait pas d’aide. Elle pouvait solliciter sa mère. Mais en même temps, elle avait des réponses qui étaient plutôt insatisfaisantes. Elle était un peu entre deux. À la fois, elle avait des réponses de son parent qui alimentaient chez elle de l’angoisse et de l’anxiété et qui pouvaient en même temps l’inviter à ne plus demander d’aide. Je crois qu’il y avait les deux : à la fois un attachement qui était du côté de l’évitement et aussi un attachement qui était du côté de l’anxiété. À un moment, elle me dit quelque chose qui se passe à la maison autour du travail scolaire, et elle ajoute mais je veux pas que tu en parles à ma mère. Il y a en elle une conscience qu’il y a des choses qui ne peuvent pas être partagées avec ses parents, parce que ça risque de se retourner contre elle, de provoquer du rejet, des reproches ou bien quelque chose qui serait de l’ordre d’une désappartenance, une espèce de trahison, de remise en cause du fonctionnement familial. Dire qu’elle n’est pas contente, pas satisfaite de ce qui se passe à la maison pourrait lui être reproché comme étant un signe de désappartenance. 



Il n’y a pas d’espace pour un débat au sein du système familial, donc la remise en cause ne peut se faire qu’en aparté. 

Oui. J’ai compris cela comme une prise de conscience de cette petite fille de ce qu’il était possible de mobiliser du côté de ses parents et de ce qu’il était absolument indispensable de laisser à l’intérieur de l’espace dans lequel elle travaillait. C’était remarquable. C’était sa manière à elle de s’approprier l’espace de soin et de ne pas peut-être le fragiliser en y allant trop vite ou trop fort. Il y a vraiment une intelligence émotionnelle de cette petite fille qui lui fait repérer ce qu’il est possible de faire bouger dans sa famille et ce qu’elle va garder pour elle, en elle. Peut-être qu’un jour elle fera bouger les choses. Mais en tous cas, pour l’instant, pour elle, c’était une limite à ne pas franchir. Elle a senti ça comme ça.



Et donc le dialogue avec vous, qui étiez son témoin secourable, lui permet de sentir qu’elle ne porte pas des choses indicibles toute seule ?

Oui, absolument. Ça aussi, c’est important, parce que la violence éducative attaque aussi la parole. Le fait de mettre des mots, le fait de pouvoir parler, de pouvoir raconter la réalité des choses, avec la réalité de ce qui est ressenti de ce qui est vécu, permet vraiment d’avoir une parole vraie, authentique, incarnée, en lien avec ses émotions, avec son corps et c’est une espèce de victoire, une réappropriation de sa propre parole, au-delà des injonctions des parents qui peuvent dire : C’est de ta faute si on est obligés de te donner une fessée ; c’est parce que tu es paresseuse. Si on est obligés de te faire travailler plus à la maison, c’est parce que tu ne travailles pas bien à l’école, toutes ces injonctions et ces mots qui contaminent la pensée, la parole, sa propre parole et la façon dont on doit entendre la parole de l’autre. Tout est contaminé par une prétendue responsabilité de la violence qui nous est infligée et de la culpabilisation aussi, voire de la honte.

Serge Tisseron, dans son dernier livre, Mort de honte, (Éditions Albin Michel, 2019), un livre autobiographique, dit que la honte empêche de penser. Donc cette petite fille a aussi, au travers de l’indicible, fait une reconquête de sa capacité de penser et de sa capacité de se réapproprier un parler vrai. J’ai trouvé ça fabuleux ! C’est un grand bonheur d’assister à cet éveil qu’elle fait, quelque chose qui est du côté de la joie, de la créativité, d’une authenticité de cette personne, de cette petite fille. L’indicible est fortement égratigné.



Et donc, quand vous êtes témoin de cet éveil, c’est l’instant où l’enfant comprend qu’il est – je vais faire allusion à un film – “imbattable”, même s’il a grandi dans un univers où tout tendait à lui faire croire qu’il était “battable”.

Tout à fait ! Ça se passe en Suède, Même qu’on naît imbattables ! (2018). En France, les enfants sont très seuls. Pour moi, ils sont abandonnés, maltraités par l’institution, par cet abandon, justement. Et donc, effectivement, j’imagine que cette petite fille a pu se construire un repère à l’intérieur d’elle-même, qui lui a fait prendre conscience qu’elle était imbattable, c’est-à-dire qu’il n’y avait aucune légitimité à ce qu’elle soit punie, frappée, malmenée verbalement à la maison et qu’elle avait tout à fait droit à être en sécurité à l’intérieur de son domicile familial, avec son intégrité physique et psychique. C’était un droit, en fait. Elle a peut-être fait cette expérience dans cet espace de soin du CMPP d’une expression très large de tout ce qu’elle pouvait avoir à dire et à exprimer sans sanction, sans répression, etc.

Je pense au moment où elle a manifesté, au tout début où on se voyait, des attitudes très autoritaires dans la manière dont elle jouait par exemple. Et c’était intéressant qu’elle fasse cette expérience de pouvoir déployer aussi cette manifestation autoritaire un peu intrusive. Elle avait tellement peur de perdre dans des jeux à règles qu’elle m’empêchait de jouer ou qu’elle jouait à ma place : des comportements que j’interprétais comme étant un signe de ce qu’elle pouvait subir à la maison. Mais en même temps, il n’y a pas eu de retour de ma part du côté de l’”éducatif ”, comme par exemple : Quand on joue, il faut aussi savoir perdre. Ce n’était pas le but.



Le jeu est une occasion pour vous de l’observer ?

C’est une occasion de m’inscrire dans son jeu à elle, c’est-à-dire d’occuper une place dans ce qu’elle a envie de raconter. Et dans le fait que je me prête à ce besoin qu’elle avait de tout maîtriser, par exemple. C’était ça, mon jeu à moi, tout en le lui disant, bien entendu. Il y a des mots qui sont apportés à ce moment-là, qui décrivent la situation : Ah ben là, tu joues à ma place ; tu veux pas que mon pion soit le premier ? Mais je joue son jeu. Je ne joue pas vraiment, pas comme quand on joue avec les enfants en famille. C’est juste un prétexte, une médiation pour lui permettre d’exprimer des choses en toute sécurité.



Parce que le jeu est quelque chose de connu ?

Oui. Le jeu, c’est extrêmement riche : à la fois les jeux à règles et les jeux qu’elle a pu aussi déployer avec ses petits personnages, voire en jouant un rôle elle-même et en me faisant moi aussi jouer un rôle. Il y a du corps, il y a quelque chose de différent. Le jeu, c’est fantastique pour pouvoir exprimer des difficultés, des émotions, des questions…



Il y a une part d’insaisissable quand on accompagne un enfant. Avez-vous pu percevoir si elle était moins frappée autour des moments de travail scolaire à domicile vers la fin de l’accompagnement ?

Au fil des séances, elle a manifesté son désagrément par rapport au fait qu’elle continuait de faire du travail à la maison. Presque à la fin des séances, quand elle apprend qu’elle va passer dans la classe supérieure, – ce qui était une demande insistante de sa mère – , elle est à la fois contente et rassurée parce que c’est une étape qui va être franchie et, en même temps, elle dit son inquiétude, mais elle n’évoque plus les violences. Et puis elle évoque aussi cette fameuse nouveauté où sa sœur va pouvoir revenir dormir à la maison. Elle est du côté du soulagement, du changement qui est en train de s’opérer et qui va dans le sens de ses attentes, avec quand-même une inquiétude par rapport à cette scolarité tellement appuyée par sa mère. Dans les dernières séances, elle n’en parlait plus, alors je ne sais pas. Je n’ai pas la réponse. C’est insaisissable.



On n’a pas toujours de feed-back sur ce qu’on fait.

Je ne sais pas non plus ce que cette mère a fait de ce que j’ai pu lui dire, des informations que j’ai pu lui donner, sur le côté toxique de son attitude éducative, de cette violence éducative. Je ne sais pas du tout ce qu’elle en a fait. On peut constater des choses : le fait que cette grande sœur ait été autorisée à revenir dormir à la maison ; dans un entretien avec la mère, alors qu’on a fait quelques séances, cette mère dit qu’elle a remarqué que, effectivement, sa fille avait un peu plus confiance en elle. S’ajoute l’histoire de la piscine, où Mélanie ne veut pas faire de la compétition. Elle a peur ou elle a mal au ventre. Donc cette petite fille n’est quand-même pas totalement dans la soumission. Elle résiste. Dans cette situation où elle va apprendre à faire de la natation, mais où c’est encore pour faire de la compétition, avec tout ce que ça implique, elle a quelque chose aussi en elle qui fait qu’elle ne veut pas y aller. Elle résiste aux injonctions de cette famille qui l’inscrit toujours dans des processus qui sont maltraitants, ou en tous cas qui vont à l’encontre de ses besoins et de ses désirs. Donc c’est maltraitant.



Il y a souvent un conflit entre la reconnaissance des besoins et des désirs des enfants et le fait que, souvent, des parents se projettent dans l’avenir et veulent construire une carrière pour leur enfant et ont du mal à le regarder tel qu’il est, aujourd’hui, dans le présent tout simplement.

Oui. Il y a un manque de confiance. Ma représentation, c’est qu’il suffit d’accompagner l’enfant, d’être là dans ce qu’il a, lui, à déployer, à montrer, à découvrir, à partager, à nous faire découvrir, à nous apprendre. Il y a vraiment cette idée interactive de se laisser aller à l’accompagnement d’un enfant. Or, le rapport de pouvoir est extrêmement présent : beaucoup de parents ont peur que leur enfant prenne le pouvoir. Et ça vient de leur éducation, évidemment. Ils ne font pas confiance à l’enfance. Ils imaginent que leur enfant va chercher à les manipuler, à prendre toute la place. Du coup, ils vont mettre en place des interdits, des injonctions qui ne sont pas au service de l’accompagnement de l’enfant, mais qui sont au service de leur peur, qui vient de leur propre histoire. Ils sont en fait manipulés par cette histoire-là. Ils n’ont pas clarifié les incohérences de ce qu’ils ont eux-mêmes subi. Du coup, c’est ça qui continue de fonctionner quand eux-mêmes sont parents. Ils se privent de choses fantastiques. C’est ça qui est triste. Ils empêchent tout un processus extrêmement riche fait de choses joyeuses et moins joyeuses qui font aussi partie de la vie. Ils sont malheureux et les enfants sont malheureux.



C’est une fuite en avant parce qu’ils n’ont pas fait la paix avec leur enfant intérieur ?

Ils l’ont un peu abandonné, en fait. Ils ne lui ont pas ouvert la porte. Ils ne lui donnent pas la parole. Ils le font taire. Cet enfant intérieur pourrait prendre la parole, les aider et leur servir de guide dans la façon dont ils pourraient être avec leur enfant quand ils sont parents. Mais si cette clarification dont je parlais plus haut n’a pas été faite, cet enfant intérieur n’est pas le bienvenu. Il reste enfermé dans une crypte, avec une histoire de maltraitance qui n’a pas été identifiée comme telle. C’est le fameux livre d’Alice Miller, C’est pour ton bien : soit intégrer que J’ai eu des fessées et je n’en suis pas mort, comme ils disent parfois, ou Ça m’a même fait du bien ! C’est une façon de faire taire l’enfant intérieur que de ne pas lui donner la parole et de continuer à le maltraiter. C’est terrible. Et ça empêche d’être un parent suffisamment bon (cfr. Donald Winnicott), en tous cas une figure d’attachement sécure avec son enfant, alors que cette capacité d’occuper cette place est tellement agréable et riche, très nourrissante pour soi, dans cette dimension d’accueil de l’enfant avec ce qu’il est et ce qu’il a à nous raconter et à nous faire découvrir de lui. 

…………………………………

Source : Je peux la taper, elle est de ma famille : attachement et violence éducative ordinaire de Jean-Pierre Thielland (éditions L’Instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet (site de l’éditeur).

samedi 30 mai 2020

Comment accueillir les émotions du jeune enfant

Un article paru sur le site : Les pros de la petite enfance


Les tout-petits expriment leurs émotions de façon brute, sans filtre. Les adultes qui les entourent, notamment les professionnels qui les accueillent jouent un rôle essentiel dans la réception et la compréhension de ces émotions : pour développer la confiance de l’enfant en lui-même et en les autres. Les explications de Miriam Rasse, directrice de l’Association Pikler Loczy en France*.

Apprendre à observer l’enfant

Emmi Pikler était pédiatre de famille et transmettait ses réflexions aux parents pour les aider à accompagner leur enfant : agir moins et observer plus. Elle a voulu mettre en évidence que le jeune enfant prenait dès l’enfance une part active dans son développement. Ses travaux se sont d’abord portés sur la motricité libre : la capacité de l’enfant à réaliser de lui-même ses acquisitions motrices, un potentiel inscrit dans ses gènes. Ses recherches se sont ensuite étendues à l’activité autonome : sa capacité à initier une activité constructive, « élaborative », à travers laquelle l’enfant construit ses savoirs et développe sa pensée.

L’objectif de l’Association qui porte aujourd’hui son nom est de former les professionnels à l’observation, ou comment être attentif à ce que le tout-petit exprime. En effet avant de savoir parler, l’enfant dispose d’un mode de communication pré-verbal qui passe par le corps, les gestes et les émotions. Le rôle de l’adulte est de chercher à comprendre ces manifestations et de lui donner du temps et de l’espace pour les exprimer.

Comprendre les émotions comme une forme de communication

Les émotions sont d’abord des réflexes de survie, de préservation. La peur, par exemple, est une alerte face à une menace, réelle ou imaginée. La colère, elle, est le résultat d’une frustration face à l’expression d’un besoin non prise en compte. Les émotions jouent donc un rôle très important en termes de communication puisqu’elles disent des choses de nos besoins. Chez le petit enfant, les pleurs ne représentent pas un caprice mais une revendication. Son émotion se manifeste comme une demande de reconnaissance pour protéger son intégrité.

Le bébé exprime ses émotions de façon brute parce qu’il ne sait pas quelle en est l’origine, il s’agit simplement du ressenti d’un état. Il est complètement habité par son émotion : plus que dire qu’il a peur, on pourrait dire qu’il est la peur. Ce n’est que peu à peu qu’il va reconnaître ce qui se passe en lui, grâce aux réponses de l’adulte. « Le bébé seul n’existe pas » disait Winnicott...

Etre un récepteur des émotions du jeune enfant

Le bébé a besoin d’un récepteur, quelqu’un qui va donner un sens à ses émotions. L’adulte lui met à disposition son appareil psychique pour l’aider à les comprendre. L’accompagnement est un travail de pensée pour relier les émotions à leurs causes, par exemple, quand on explique à un enfant pourquoi il a sursauté en voyant ou en touchant quelque chose.
Les émotions sont aussi une façon de maintenir la proximité avec un adulte sur lequel l’enfant sait qu’il peut compter : elles participent ainsi à construire les liens de l’attachement. Le bébé ressent une tension que l’adulte aide à apaiser, en l’aidant à organiser son monde interne. Le tout-petit apprendra alors à communiquer de façon différenciée. D’un ressenti émotionnel, il passe à une expression.

Montrer à l’enfant qu’on l’écoute

Les émotions du jeune enfant nous disent donc toujours quelque chose de lui et c’est à l’adulte de les décoder, en restant attentif, disponible, réceptif – le principe même de l’empathie. Pourquoi est-il aussi dispersé ? Souvent, c’est parce qu’il a un sentiment d’insécurité. Pourquoi tape-t-il ? C’est généralement un moyen de défense, de protection, quand l’enfant se sent attaqué. Cela révèle souvent un sentiment d’impuissance : il ne se sent pas reconnu dans ce qui le définit. Et l’impuissance est le contraire de la compétence qui correspond à la prise en compte d’une situation et l’ajustement de son attitude par rapport à elle. Par exemple, si l’enfant se crispe quand on lui passe un gant sur la peau, rêche ou trop froid, ou bien qu’il détourne la tête quand on lui tend la cuillère pour le faire manger parce qu’il n’a plus faim, en fait il se défend. L’adulte, parce qu’il a des compétences, peut prendre en compte cette réaction et modifier sa manière de faire, ainsi l’enfant se sentira écouté. La prise en compte des émotions par l’adulte participe donc à la construction de l’estime de soi chez l’enfant.

Adopter une réaction adaptée

Les émotions de l’enfant ne sont pas à banaliser. Par exemple, si l’enfant tombe, on évite de dire « ce n’est pas grave, ne pleure pas ». Au contraire, il faut le laisser s’exprimer. Il peut seulement recommencer à penser calmement quand son émotion est partagée.
Il est important de différencier émotions et comportements. Toutes les émotions doivent être acceptées. Si on les réprime, l’enfant se révolte et peut devenir « difficile », inquiet, agité. Il n’a plus confiance en l’adulte et se retrouve seul avec des émotions dont il ne sait que faire. Ce sont les comportements que l’on peut refuser. On ne dit pas qu’un enfant est méchant, mais que son geste n’est pas acceptable. Ainsi plutôt que dire à l’enfant « tu lui fais mal » - ce qui insinue qu’il aurait prêté une intention dans son geste -, on lui dira « ça fait mal ». Sa personne ne doit jamais être mise en cause.
L’adulte peut d’abord reconnaître l’émotion de l’enfant : avant de lui dire pourquoi il ne peut pas prendre le jouet d’un autre, il peut lui dire « tu as envie de ce jouet ». Au lieu de lui dire seulement qu’il sera servi à son tour comme les autres, il peut lui dire « je vois que tu es impatient de manger ». Il se sentira ainsi écouté et pas directement empêché dans son action. L’adulte peut aussi aider l’enfant à trouver d’autres solutions. Il ne peut pas prendre le jouet d’un camarade, mais il peut essayer de trouver un autre jouet semblable ou qui lui plaît. L’adulte a un rôle de médiateur, il fait un travail de différenciation entre l’enfant et les autres.

Se comporter en allié

Cet engagement émotionnel de l’adulte n’est pas simple car les émotions des tout-petits sont intenses voire envahissantes. Elles viennent aussi parfois rencontrer nos propres émotions ou expériences. On peut être agacé parce qu’on reconnait chez l’un des enfants un petit qui nous a embêté dans l’enfance, ou bien parce qu’on se sent coupable, pas à la hauteur. C’est souvent ce qui nous pousse à distraire l’enfant de ses émotions, à les ignorer : on cherche à s’en protéger. Mais l’enfant a besoin de l’adulte sinon il se sent abandonné. Ce n’est pas pour punir un enfant qu’on lui demande se s’assoir au calme dans un coin, mais bien pour qu’il s’apaise. L’adulte n’est pas un juge de l’enfant, mais un allié résolument de son côté.
Peu à peu l’enfant trouve d’autres moyens pour s’exprimer, il se sert de plus en plus des modes symboliques : il utilise le jeu puis la parole, son comportement change. Le rôle de l’adulte ici est de lui laisser de la place et du temps, de l’engager à parler plutôt qu’à agir. On peut même concevoir de le laisser faire des jeux violents (qui ne portent pas atteinte aux autres enfants ni à lui-même bien sûr), comme fabriquer des épées ou malmener la poupée. Lui lire des contes ou des histoires est une autre façon de lui parler de ses émotions et qu’il se sente autorisé à les exprimer.
Les adultes non plus ne doivent pas se sentir seuls. Ils doivent pouvoir compter sur une équipe : partager pour ne pas être démunis, penser ensemble, être accueillis sans jugement… comme le tout-petit.


*A l’occasion de son intervention sur « l’approche Piklérienne dans la prise en charge des émotions de l’enfant », lors des Journées Nationales d’Etudes des Puéricultrices qui se sont tenues du 14 au 16 juin 2017.

Pour aller plus loin, suivre notre formation en ligne : Comprendre et accompagner les émotions de l'enfant.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery


PUBLIÉ LE 30 JUIN 2017

jeudi 14 mai 2020

Comment occuper les enfants, en répondant à leurs besoins fondamentaux ?


Un article des Ateliers Gordon





Comment occuper les enfants pendant le confinement ou tout autre situation exceptionnelle, en répondant à leurs BESOINS FONDAMENTAUX ?


Depuis le 16 mars 2020, en raison du COVID 19, la France se trouve confinée. Un peu plus de 12 millions d’élèves des écoles, collèges et lycées en France, sont concernés, soit 18,5 % de la population française. Ceci est une source d’inquiétude visiblement plus pour les parents que pour les enfants….

Ces 2 mois sans école nous permettent d’expérimenter d’autres formes d’apprentissages. Ce temps d’apprentissage effectif à l’école n’est pas de 100 % en raison des capacités de concentration de chacun – les élèves ne sont pas des ordinateurs ! et rappelons qu’un enseignant accompagne en moyenne entre 25 et 40 élèves, ce qui réduit de fait les interactions individuelles avec chaque élève.

Pour se rassurer, allons voir du côté de l’instruction à domicile dont près de 25 000 jeunes soit 0,3 % des enfants de 6 à 16 ans bénéficient – CNED ou en famille (recensement 2017). L’instruction est obligatoire en France, mais pas l’école…

L’instruction à domicile efficace n’est pas la reproduction de l’école. A la maison, pour être efficace, le style éducatif sera plus soucieux du rythme, des besoins, des intérêts et de l’autonomie de l’enfant et il existe une grande diversité de pratiques d’instruction à la maison... La socialisation ne sera pas oubliée via la fréquentation d’autres enfants au cours des activités extra-scolaires et des réseaux sociaux, contrôlés bien évidemment.

Cette période exceptionnelle qu’est celle de l’épidémie de COVID 19 et du confinement est l’occasion d’expérimenter a minima cette « instruction à domicile ». Celle-ci comprend une grande partie d’apprentissages par des activités de la vie quotidienne dans laquelle elle vient s’insérer : en mettant le couvert, le petit apprendra à dénombrer, trier, organiser spatialement... En aidant à jardiner, il entrera dans la connaissance du vivant, mais également dans la motricité fine. Il apprendra à « cultiver son jardin » dans tous les sens du terme…

Beaucoup d’activités de la maison mettent en œuvre des activités cognitives multiples et fondamentales : apprentissage et entraînement d’activités de lectures, activités numériques, mais également fonctions exécutives…

Quoi qu’il en soit, réussir avec succès cette période de confinement à la maison avec les enfants, dans une période chargée en émotions, voire en stress, c’est prendre en compte les besoins de l’enfant afin des les satisfaire au mieux tout en respectant nos besoins personnels.


Ceci n’évite pas les émotions désagréables pouvant générer de fortes tensions, mais contribue à mieux les accueillir et les accompagner.

C’est pourquoi il nous a semblé intéressant de partir de ces besoins pour construire des activités propres à les satisfaire.



Plusieurs représentations de besoins ont été modélisés, la plus célèbre étant celle de la pyramide de Maslow dont le schéma suivant est inspiré et complété par d’autres approches : Gordon, Rosenberg - schéma de C. Marsollier en 2011.




Cet article a pour objectif de vous proposer des ressources pour chaque besoin, en fonction de vos besoins à vous aussi avec des liens vers des sites et documents pour approfondir !


1/ La santé passe par :

- Une nourriture équilibrée mais qui fait plaisir : c’est l’occasion que chacun puisse exprimer ses souhaits et faire une proposition culinaire à réaliser seul.e ou avec aide ! Et pour cela, on peut demander des recettes aux anciens, consulter internet, un livre de cuisine, écouter une émission culinaire – que de ressources s’offrent à nous !

- Une activité physique : elle est essentielle. L’activité physique n’est pas que la pratique sportive ! Bouger dans la maison, c’est déjà manipuler : aider à ranger, cuisiner, bricoler, coudre, réaliser des œuvres artistiques. Par ailleurs, de nombreuses ressources ludiques et attrayantes sont disponibles sur internet, par exemple les défis quotidiens de l’USEP 91.

Un article est également disponible sur le site des Ateliers Gordon : « Bouger ! à la maison » des conseillers pédagogiques EPS de l’Essonne.

2/ Le cadre, la sécurité et la confiance


L’enfant et l’adolescent peuvent parfois montrer des signes d’inquiétude face à cette situation exceptionnelle. Ce sont de véritables « éponges » émotionnelles et l’angoisse des adultes, leur tristesse sont d’autant plus stressants qu’ils n’en ont pas les clés.

La sécurité matérielle et affective sont essentielles et reposent sur un cadre sécure et la confiance qu’ont les enfants dans leurs parents.
Sincérité et authenticité chères à l’approche Gordon sont ici plus que jamais de mise.
Pour venir en aide à vos enfants et adolescents, voici plusieurs conseils :

· Prenez du temps pour parler de l’épidémie de Covid-19 avec eux s’ils le souhaitent ;

· Répondez à leurs questions de manière factuelle et compréhensible, dans un langage accessible pour eux et adapté à leur âge ;

· Lisez-leur/partagez des histoires, des contes, des mythes pour répondre aux questions, mais également les aider à s’évader ;

· Rassurez-les sur le fait qu’ils sont en sécurité ;

· Restez à l’écoute et acceptez qu’ils se sentent éventuellement débordés par la situation ;

· Partagez avec eux vos stratégies pour faire face à votre propre stress, afin qu’ils apprennent de vous ;

· Limitez l’exposition de votre famille aux couvertures médiatiques ;

· Essayez de mettre en place et de maintenir des routines, notamment des horaires pour les activités scolaires à la maison et pour les loisirs de vos enfants ;

· Soyez un modèle pour eux ;

· Maintenez les contacts avec les amis et les membres de la famille.

L’hôpital Robert Debré a mis à disposition un ensemble de fiches fort intéressantes

En voici quelques titres :

- Mes enfants se bagarrent toute la journée durant le confinement

- Comment gérer les comportements d’opposition et les crises de rage pendant le confinement ?

- Planification de la journée en période de confinement pour les enfants 3/11 ans


3/ Appartenance et considération


L’être humain étant un « animal social », l’appartenance au groupe est fondamentale pour son bien-être. Les jeunes comme les adultes ont besoin de considération de la part des différents groupes auxquels ils appartiennent (famille, amis, groupe sportif…). Le confinement par la force des choses réduit le tissu relationnel avec interactions concrètes à des relations uniquement intra familiales, là où l’enfant et le jeune construisent leur appartenance au groupe social de leurs pairs.

Si cette période peut permettre aux jeunes de renforcer le sentiment d’appartenance au groupe-famille (parents à la maison et grand-parents par des liens réguliers via le téléphone et autres medias), elle a tendance à distendre les liens avec les camarades et les amis, de part la réduction des interactions sociales physiques. Certes les réseaux sociaux existent mais l’on sait le danger qu’ils peuvent aussi représenter. Là encore, il est important d’accompagner le jeune par rapport à l’utilisation d’internet. Ce n’est pas en interdisant mais en formant et en accompagnant que l’enfant arrivera à un usage raisonné de la communication via les réseaux sociaux et internet.

Nous vous proposons sur ce sujet un lien intéressant de Serge Tisseron : « le confinement : les écrans autrement »

Et en conclusion, n’oublions pas la motivation qui est le moteur de toute activité : pour être motivé, il faut être rassuré, félicité et encouragé.

Toutes les activités déclinées ci-dessus peuvent être des défis qui déboucheront sur la réussite, qui vient directement activité notre circuit de la récompense !

On peut ainsi sur différents sujets, construire un défi qui aboutira à une « récompense ». Ceci peut être collectivement construit par la famille avec le « vase de la récompense ». Chaque membre de la famille qui aura réussi son propre défi viendra porter un haricot ou une perle, ou une graine, dans un pot (plus ou moins grand…) transparent (pour voir la progression). Ainsi quand le pot sera rempli, il y aura une « récompense globale » pour toute la famille choisie ensemble.

Donnons un exemple concret :


Paul 6 ans s’est donné pour défi de mettre le couvert de midi tous les jours : A chaque fois que Paul a mis le couvert (les critères de réussite auront été posés au préalable), il portera un haricot dans le vase.
Marie 15 ans s’est donné pour défi de se lever tous les matins à 7h30. Chaque matin où elle a réussi son défi, elle porte son haricot dans le pot.
Pierre, le père, s’est donné pour défi de faire la cuisine tous les soirs.
Sylvie, la mère, s’est donné pour défi de faire 1/2h de gym tous les jours à 9h .Etc….
Lorsque le pot sera rempli, la famille bénéficiera d’une récompense collective qu’elle aura choisie au préalable au sein d’un « conseil de famille ». Ici, ce sera : des billets pour aller au Parc Astérix... Quand il réouvrira !!!!

Et maintenant ! 

Bonne chance, et que cette période vous permette d’oser ce que vous n’avez jamais osé sans jamais oublier d’en parler !



Par Marie-Claude Bloch, formatrice Gordon

dimanche 10 mai 2020

Jouer à faire semblant


Un article de Naître et Grandir 
Écouter ce texte
MP3




Dans cette fiche
Les bienfaits de jouer à faire semblant
Comment favoriser le jeu symbolique chez votre enfant
À retenir


De 3 ans à 5 ans, les enfants jouent beaucoup à faire semblant. Ils utilisent un couvercle de casserole comme volant de voiture, font semblant d’être au téléphone, nourrissent leur poupée ou leur ourson, ou encore cuisinent un gâteau en pâte à modeler. C’est ce qu’on appelle les jeux symboliques, et ils sont très importants pour le développement des enfants.

Les bienfaits de jouer à faire semblant

À partir de 3 ans, un tout-petit se sert de plus en plus des objets de façon symbolique dans ses jeux. Il aime aussi imiter les actions quotidiennes posées par ses parents et son entourage.

Les jeux symboliques contribuent au développement d’un enfant, car ils lui permettent :
de développer son autonomie, sa débrouillardise, sa confiance en soi et sa capacité à prendre des initiatives;
  • d’utiliser son imagination et de se créer des univers de jeux;
  • d’améliorer sa capacité à contrôler ses gestes et ses émotions;
  • de renforcer ses habiletés sociales;
  • de mettre en pratique ses apprentissages;
  • de se préparer à apprendre à utiliser d’autres symboles, comme les lettres et les chiffres.

Par exemple, lorsque des tout-petits jouent à prendre l’autobus, un seul enfant à la fois peut jouer le rôle du conducteur. En attendant leur tour pour être le chauffeur, les autres doivent se trouver un rôle : ils exercent ainsi leur imagination et apprennent à réfléchir avant d’agir.

Comment favoriser le jeu symbolique chez votre enfant

Laissez à votre enfant des moments de jeux libres où il n’y a aucune activité à l’horaire. C’est dans ces moments où l’enfant a suffisamment de temps que son imagination lui servira le mieux afin d’inventer de nouveaux jeux.

Offrez-lui du matériel polyvalent à usages multiples (boîtes de carton, rouleaux de papier essuie-tout, draps…) pour laisser davantage place à son imagination. Par exemple, un drap se transforme en tente, une boîte de carton devient une maison ou un bateau de pirate. Laissez-le créer lui-même son univers à partir de ces objets. Jouer seul permettra à votre enfant d’inventer et de mettre à profit son imagination en plein développement.

Laissez à votre enfant le temps de développer son jeu et d’explorer les différents rôles du scénario. Parfois, il jouera au même jeu de façon répétitive pendant quelques jours.

Proposez-lui, au besoin, de nouvelles idées pour relancer son jeu. Vous pouvez formuler vos suggestions sous forme de questions afin de favoriser son autonomie, par exemple : « Avec quoi ton bateau pourrait-il être construit? » ou « Est-ce que tu veux inviter tes toutous dans ton jeu? » et « Quels rôles pourraient-ils jouer? ». Évitez cependant de prendre le contrôle de son jeu. Au fil du temps, votre enfant créera ses propres scénarios, plus variés, avec toute la créativité et l’imagination dont il est capable!

Si votre enfant est plus jeune ou moins imaginatif, proposez-lui des éléments de costume plus spécifiques (ex. : un tablier, une casquette, une ceinture). Ces accessoires l’aideront à demeurer concentré dans son jeu et à garder à l’esprit le rôle qu’il occupe.Vous pouvez également emplir un coffre de déguisements et d’accessoires afin que votre enfant y trouve l’inspiration pour imaginer ses jeux.Vous pouvez aider votre enfant à observer ce qui l’entoure lors de vos sorties. Au dépanneur ou à l’épicerie, par exemple, faites-lui remarquer les éléments caractéristiques de ce type de commerce. Vous l’aidez ainsi à rendre plus complexes les scénarios qu’il inventera. Quand il jouera « au dépanneur ou à l’épicerie » avec vous ou avec d’autres enfants, il se rappellera qu’il faut une caisse enregistreuse, un commis, des clients, etc.


À retenir

  • Le jeu symbolique est très important pour le développement des enfants.
  • Pour jouer à faire semblant, le tout-petit a besoin d’avoir des périodes de temps libre pendant lesquelles il pourra s’inventer des scénarios de jeu.
  • Si vous proposez des idées à votre tout-petit pour stimuler son jeu, évitez d’en prendre le contrôle.


Révision scientifique : Solène Bourque, psychoéducatrice
Recherche et rédaction : Équipe Naître et grandir
Mise à jour : Avril 2018
Photo : 123rf.com/Tatiana Gladskikh


Pour aller plus loin sur le jeu symbolique
https://histoiresdejouer.blogspot.com/2010/07/jouer-etre-le-temps-du-jeu-symbolique.html
https://www.les-supers-parents.com/pourquoi-et-comment-jouer-avec-son-enfants/

vendredi 8 mai 2020

La psychomotricité à la maison pendant le confinement : PRIMAIRE

Un article de :
Maëlle ALLANORE, Julie CHAGNEAU, Lucile NEVEUX, Antoine ROGER MOELLI, Christelle SBASNIK (Psychomotriciens)

Nous vous proposons ici, des idées d'activités à réaliser à la maison durant cette période de confinement. L’objectif n’est pas de faire des séances comme un psychomotricien, mais agrémenter la journée avec de la psychomotricité pour s'amuser. Ces activités peuvent être mises en place facilement au quotidien. Vous verrez que sans le savoir vous faites déjà plein de choses en lien avec la psychomotricité chez vous !


I. Motricité globale

A. Au quotidien

- Parcours moteur dans le salon : avec des coussins, des chaises ... tout ce qu'il y a !

- Le prof de gym : faire un cours de gym avec les enfants en vous prenant chacun votre tour pour le coach sportif

- Battle de danse : faire 2 équipes, chacune leur tour les équipes improvisent une danse, encourager en tapant des mains https://www.youtube.com/watch? v=3kLMwoJLaFc

- Le sportographe : un circuit sportif à composer www.pinterest.fr/pin/540783867759123902/

- La bataille d'oreillers : 10 minutes de jeu, qui sera le plus fort ?

B. Pour aller plus loin :

- Le yoga des enfants www.pinterest.fr/alnrm/yoga-des-enfants-2- interm%C3%A9diaire/

- Le chamboule tout : numéroter des boites de conserve et remplir des sacs alimentaires de riz pour les balles, à vous de jouer !

- L'escape game : http://amedenfant.fr/escape-game-a-imprimer/

- La chasse au trésor : https://www.chasse-tresor.net/

- L'espion : coller des fils sur les murs d'un couloir à la pâte à fixe, passer au travers sans toucher


II. Motricité fine

A. Au quotidien

- Le commis de cuisine : éplucher les légumes, remuer les préparations





- Faire son pain : www.marmiton.org/recettes/recette_pain- traditionnel_25359.aspx (changer de forme chaque jour : en boule, baguette, serpent…)






- Étendre le linge : accrocher des pinces à linge sur l'étendoir

- Trier et plier le linge : mettre les chaussettes ensemble, regrouper par type de vêtement

- Le bricolage : participer aux manipulations simples et non dangereuses


B. Pour aller plus loin

- Fabriquer sa pâte à sel : www.hugolescargot.com/activites- enfants/bricolages/pate-a-sel/

- Fabriquer sa peinture : 2 tasses de farine / ½ tasse de sel / ¼ de tasse de sucre / 2 tasses d'eau (ajouté doucement!)

- Course des pinces à linge : chacun à 6 pinces à linge (ou plus), le but est de les accrocher le plus vite possible !

- Atelier dessus/dessous : faire passer des rubans, de la ficelle sur une grille de cuisine

- Course de billes : créer une route encadrée, semée d'obstacles et chacun son tour faire avancer la bille en tapant dessus avec ses doigts





- Les origamis : www.pinterest.fr/alnrm/origami/

- Les ombres chinoises : www.pinterest.fr/alnrm/ombres-chinoises/

- Les mandalas : www.hugolescargot.com/coloriages/mandala/

- Les marionnettes : https://desidees.net/13-idees-de-marionnettes-a-fabriquer-vos-enfants/


III. L’espace

A. Au quotidien

- La course d’orientation : demander à l'enfant de se déplacer dans différentes pièces : 1) Le salon 2) La chambre 3) La cuisine etc.

- Dessus/Dessous : intégrer les notions spatiales dans le tri du linge (« les pulls vont au dessus des pantalons »)

B. Pour aller plus loin

- Les puzzle et encastrements

- Les kaplas : Suivre des fiches de constructions en 3D : http://alabi.free.fr/Files/fiches_kapla2.pdf





- Le Pixel Art : https://www.teteamodeler.com/Coloriage/pixel-art

- Dessin symétrique : https://www.pinterest.fr/pin/326159198017017911/

- La bataille navale : https://www.pinterest.fr/pin/572520171373986661/

- Copier/coller : reproduire les modèles fait avec des feutres


Les Points Clés:

  • Mettre en place un planning visuel sur la journée
  • Structurer les espaces
  • Alterner les activités ludiques et les temps de travail

jeudi 7 mai 2020

Pour une enfance heureuse




Dans son livre "Une enfance heureuse" paru en 2014, Catherine Guéguen  utilise la biologie et la science médicale, science « dure », pour nous faire comprendre l’importance pour le développement de l’enfant de l’environnement des premières années mais aussi les conséquences de cet environnement dans la future vie adulte de l’enfant.

Pour ce, elle s'appuie sur la composition du cerveau humain, des différentes étapes de construction du cerveau chez l’enfant et du coup des différentes étapes de maturation émotionnelle et affective de l’enfant. C’est vrai que si l’on peut trouver partout l’âge des premières dents, des premiers pas, des premiers mots, savoir quand le cortex pré-frontal devient opérationnel reste inconnu des parents. Et pourtant vu qu’il est essentiel dans la régulation des émotions, cette information serait bien utile pour comprendre les réactions de l’enfant et pour s’adapter en tant que parent. L’importance va même au-delà : une réaction sécurisante d’un adulte face à un enfant en stress, en pleurs, va aider à la construction dans le cerveau de l’enfant des connexions qui lui serviront dans le temps à gérer ses émotions.

Ensuite son livre montre toute une série d’expériences prouvant l’impact du stress et de l’environnement affectif de l’enfant sur le développement du cerveau avec notamment :
  • des petits rats bien maternés qui développent des neurones bien plus florissants que leurs camarades peu ou pas maternés.
  • Une étude qui montre une diminution globale du cerveau des enfants maltraités et notamment du cortex pré-frontal indispensable dans la gestion de nos émotions

Catherine Gueguen aborde aussi les impacts du stress sur la sécrétion d’hormones, impacts qui perdurent à l’âge adulte. Ces hormones jouent un rôle direct sur notre humeur et notre comportement. Elles peuvent apaiser comme elles peuvent nous angoisser, tout est question de quantité sécrétée.


S’énerver contre un enfant en colère n’apporte que stress et angoisse, adieu ocytocine, connue comme hormone du bien-être, ou endorphine, hormone qui diminue l’anxiété.

Entre impact sur le développement du cerveau et sécrétion d’hormones, Catherine Gueguen nous montre les conséquences à terme sur le cerveau adulte de l’enfant. Au-delà d’un certain âge, le développement en retard du cerveau ne pourra pas se rattraper. La quantité et le type d’hormones produites à l’âge adulte ne seront pas identiques entre un enfant materné ou non. L’enjeu va donc bien au-delà de l’éducation de l’enfant mais concerne aussi l’adulte en devenir et le comportement de notre société.

Autre information intéressant : un petit rappel de plusieurs connaissances et commentaires importants pour nos méthodes éducatives :
  • Le poids sur le parent de l’éducation qu’il a reçue enfant : elle va avoir un impact « sur sa vision de l’enfant, sur sa relation avec eux et sur sa façon de l’éduquer »
  • Le besoin d’empathie de l’être humain et tout particulièrement de l’enfant. Ce besoin d’empathie qui s’il est rempli permettra à l’enfant de se sentir compris, écouté.
  • Il est tout à fait possible de sortir du rapport de domination adulte sur enfant sans que l’enfant ne devienne un enfant-roi
  • L’éducation par la peur est très nocive
  • L’enfant imite ses parents, il apprend en imitant et il imite tout, y compris nos défauts

Il parait primordial de garder en tête notre fragilité face à l’éducation d’un enfant. Admettre sa fragilité nous permet de nous remettre régulièrement en question. Admettre sa fragilité, nous permet de demander de l’aide si on en ressent le besoin pour le bien de l’enfant et pour notre propre bien. Admettre sa fragilité, nous permet d’accepter nos erreurs et donc de s’excuser si besoin. Clairement nous ne sommes pas parfaits mais dans une gifle ce qui fait le plus mal c’est l’atteinte à la fierté pas le mal physique, pouvoir s’excuser n’annulera pas mais pourra réparer en grande partie.

Donc un livre à lire et à relire pour notre bien, le bien de nos enfants et le bien de notre société.

Pour une enfance heureuse de Catherine GueGuen

Pour aller plus loin :